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État d'urgence pour les urgences

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La grève de plus de 90 services d'urgences nous alerte sur les risques de voir se développer une médecine à deux vitesses, avec d’un côté une médecine privée, efficace et de qualité, et de l’autre, un service public exsangue, auquel on demande de faire toujours plus avec toujours moins d’argent.

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. Crédits : Getty

Ce sont plus de 90 services qui se sont mis en grève aujourd’hui pour dénoncer les conditions de travail toujours plus difficiles des urgentistes, confrontés à un manque chronique de moyens et de personnel. 

Une situation particulièrement explosive à laquelle a tenté de répondre la ministre de la Santé. Celle ci a affirmé sa volonté de refonder le modèle des urgences, afin de répondre aux problématiques structurelles d’organisation et de financement dont souffrent les services. 

Elle a également annoncé sa volonté « d’accompagner financièrement les établissements faisant face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels »... sans pour autant annoncer de mesure concrète ou de moyens supplémentaires.

Des annonces jugées très insuffisantes par le collectif Inter-Urgences, qui fédère les différents services mobilisés dans ce mouvement social. Le collectif réclame ainsi une augmentation des salaires de 300 euros net, des hausses d’effectifs et une meilleure sécurisation des locaux pour faire face à l’afflux toujours plus important de patients.

Il faut dire que les urgences sont devenues la véritable porte d’entrée de l’hôpital, le sas de tri, l’espace de première prise en charge. Comme l’explique le chercheur François Danet, les premiers services d’urgence ont été construits au début des années 1960 pour réguler l’accès à l’hôpital des patients, qui arrivaient de façon désordonnée dans les services.

Rapidement les urgences deviennent le lieu où l’on traite les situations médicales, non-médicales, sociales, tout ce qui échappe, en somme, à la prise en charge immédiate des spécialistes. François Danet ajoute : qu’outre « leurs compétences cliniques, [les urgentistes] ont acquis une compétence sociale. Ils sont habitués à soigner le tout venant, à sortir de leur rôle. » Une versatilité des personnels soignants qui leur a permis jusqu’à présent de faire face à la multiplicité et à la complexité des profils de patients.

Le problème c’est qu’avec la hausse de fréquentation des urgences, cette capacité d'adaptation ne suffit plus. Comme l’explique un médecin urgentiste dans Libération : il est impossible de « continuer à moyen constants avec une augmentation de 5% de l’activité tous les ans ». Il faut dire qu’un nombre croissant de patients se rend directement aux urgences plutôt que de consulter un médecin généraliste. Un problème causé en grande partie par l’émergence de déserts médicaux et la difficulté dans certaines régions à trouver un médecin traitant.

Face à cet afflux sans précédent, les urgentistes et les personnels soignants ne parviennent plus à s’occuper des patients correctement. Un infirmier témoigne ainsi dans le Parisien : « Nous n’avons pas assez de plateaux repas pour nos patients. Récemment, j’ai fait une nuit de garde avec un seul thermomètre pour 80 patients ». Une baisse de moyens matériels et financiers, conjuguée à des exigences d’efficacité importées du privé, qui rendent impossible leur mission quotidienne. 

L’urgentiste Patrick Pelloux a d’ailleurs pris une image particulièrement marquante pour dénoncer ces manques de moyens : il y aurait selon lui plus de personnel mobilisé pour le tournoi de tennis de Roland Garros qu’au service des urgences de l’hôpital le plus proche. Des chiffres d’ailleurs vérifiés par le site Checknews qui explique qu’à un instant donné, ce sont en moyenne 16 personnes -infirmiers, aides soignants et médecins- qui travaillent aux urgences d’Ambroise Paré quand, dans le même temps, 19 personnes sont mobilisées sur le site de Roland Garros pour s’occuper du public et 79 au service des joueurs. 

Si bien sûr ces chiffres ne veulent rien dire en eux-mêmes, ils servent néanmoins à illustrer une réalité grandissante : celle d’une médecine à deux vitesse, avec le développement d’un côté d’une médecine privée, efficace et de qualité, et de l’autre, un service public exsangue, auquel on demande de faire toujours plus avec toujours moins d’argent. 

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