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Une décharge sauvage au bord de la mer à Jakobshavn, Groenland

Les dérives du continent plastique

3 min
À retrouver dans l'émission

Sur les dix tonnes de plastique produites chaque seconde dans le monde, seules 9% sont recyclées, le reste est incinéré ou finit au fond de l'océan. Ces déchets représentent non seulement un danger pour la biodiversité mais remettent aussi en cause notre mode de production et de consommation.

Une décharge sauvage au bord de la mer à Jakobshavn, Groenland
Une décharge sauvage au bord de la mer à Jakobshavn, Groenland Crédits : Arterra/UIG via Getty Images - Getty

Des millions de tonnes de déchets à la dérive

C’est un point perdu aux limites de l’Atlantique Nord. Un tourbillon formé par de puissants courants, qui capture en son sein des milliards de plastiques, du bidon polymère, aux méduses synthétiques. Ces déchets sont alors capturés par les algues, retenus sous la mer, ils se démultiplient, s’entremêlent pour former ce que l’on appelle le septième continent.  

En réalité de continent, il n’est point question. Bien loin de la stabilité d’une zone identifiée, ce sont peu à peu toutes les mers du globe qui sont touchées par ce phénomène de concentration des déchets. Un rapport de la Fondation MacArthur nous alerte même du risque imminent de voir la masse des plastiques sous-marins, dépasser celle des poissons. 

Ainsi, la décharge dérivant au nord du Pacifique -entre Hawaii et la Californie- fait déjà six fois la surface de la France. Ces cordes et ces filets fantômes sont jetés par les hommes, bien souvent après un seul usage et se trouvent entraînés du côté du rivage.  Et ce sont aujourd’hui 300 millions de tonnes de plastique, qui lévitent entre deux eaux. Un chiffre qui pourrait augmenter de moitié d’ici une dizaine d’années.

La lente mobilisation des Etats

Or ces tonnes de détritus dérivent en réalité bien loin du regard humain. C’est une créature, mouvante, insaisissable, qui se meut et prolifère au fond des océans. Et ces débris capables de vivre des millénaires, ne restent pas toujours sous leur forme initiale. 

Ils se transforment sous l’action du sel et des courants en une infinité de micro-particules ingérées par la faune des profondeurs marines. C’est une corruption sans précédent de la chaîne alimentaire. On retrouve ensuite, ce plancton synthétique dans le ventre des poissons que nous mangeons. 

Heureusement, la société civile et les Etats commencent à se mobiliser pour ralentir et maîtriser ce qui pourrait déjà constituer un phénomène irréversible de contamination de notre plus grande ressource commune. 

De l’ouverture des négociations à l’ONU sur la haute mer, à la loi française de transition écologique interdisant couverts et assiettes jetables, les Etats commencent tout juste à se saisir de la question de l’infection plastique. 

Innovations scientifiques et citoyennes

On compte également de nombreuses innovations venant de la communauté scientifique et des citoyens. On pense notamment à la découverte par des chercheurs britanniques d’un enzyme capable de détruire ces minuscules présences plastiques en un temps record. On peut citer également l’initiative Plastic Odyssey, portée par six jeunes français et qui projette de transformer le plastique des océans en carburant pour bateau.

Ces initiatives sont encourageantes et laissent espérer une amélioration à moyen terme de l’état de nos océans, mais elles ne peuvent se substituer à une profonde transformation de nos modes de consommation. Il serait trop simple en effet de s’en remettre au progrès, en espérant qu’il nous sauve d’un modèle économique toujours plus polluant.

Habitués à tout acheter emballé, empaqueté, nous produisons une masse terrifiante de déchets que l’homme est incapable de traiter entièrement. Comme l’avait prophétisé Roland Barthes dans ses mythologies, “pour la première fois, l’artifice vise au commun et non au rare. La fonction ancestrale de la nature est modifiée, une matière artificielle, plus féconde que tous les gisements du monde va la remplacer. [...] Le monde tout entier peut-être plastifié”. 

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