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Monsanto : la fabrique de la défiance

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La firme américaine a élaboré une série de stratégies afin de semer le trouble et le doute autour de la nocivité de son produit phare : le Roundup. De l'élaboration de rapports scientifiques bidons à la mise sous surveillance de plus de 200 personnalités, tout a été fait pour que vive le glyphosate.

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. Crédits : AFP

Monsanto vient d’être condamné à verser plus de 2 milliards d’euros à un couple, accusant l’herbicide du géant américain d’être à l’origine de leur cancer.Déjà la troisième condamnation de la firme sur le sol américain pour des faits similaires. Des procès qui ont, chaque fois, des conséquences désastreuses pour l’entreprise en termes d’image et surtout de valorisation boursière. Ainsi, Bayer, qui a racheté Monsanto pesait, en 2015, 136 milliards d’euros. Après cette succession de scandales et de condamnations, la firme ne vaut plus que 52 milliards. Et encore, c’est sans compter les 13 400 actions en justice actuellement en cours aux Etats-Unis.

Monsanto, pourtant, avait réussi jusqu’à présent à mettre en oeuvre les stratégies nécessaires, afin d’assurer les ventes de son produit phare, en entretenant une forme d’incertitude, de doute, quant à la nocivité réelle de ce dernier. Et parmi ces procédés, pour le moins douteux, il existe ce que la documentariste Marie-Monique Robin appelle les « auteurs fantômes » ou ghost writers

La technique est relativement simple : des cadres de Monsanto produisent une étude biaisée, démontrant que le glyphosate n’est pas cancérigène. Un scientifique de renom accepte ensuite, contre rémunération, de signer cette étude bidon, apportant du crédit à cette étude mais surtout discréditant ou, tout au moins, relativisant les résultats contradictoires. 

La firme serait également passée par des agences de communication afin de produire des fausses interviews réalisées par de faux journalistes. Marie-Monique Robin, toujours, qui a réalisé notamment Le Monde selon Monsanto, explique comment l’entreprise anglaise Science Media Center, qui se présente comme une agence de presse indépendante, a réalisé une série d’interviews d’hommes de paille, scientifiques rémunérés pour répandre la bonne parole et discréditer les adversaires de Monsanto. Autant de pseudo-interviews et d’éléments de langage repris ensuite par une kyrielle de médias mainstream.

L’essentiel pour la firme est de diffuser l’idée selon laquelle le caractère cancérigène de son désherbant n’est qu’une question d’opinion, n’a pas été réellement tranché par la science puisque d’une étude à l’autre, les résultats divergent autant. En clair, une production massive de fausses nouvelles avant la lettre.

Monsanto est pourtant loin d’avoir inventé ce type de procédés, puisque la firme s’inspire des méthodes adoptées pendant des décennies par les géants de la cigarette afin d’entretenir le doute sur le caractère nocif de leurs produits. Mais l’entreprise américaine ne s’arrête pas là : sur le modèle des grands marchands américains de tabac, Monsanto va se constituer un fichier des personnalités favorables ou opposés à ses activités. 

Le Monde et France 2 révèlent ainsi que la firme a fiché plus de 200 personnes en France, en fonction de leur positionnement vis à vis du glyphosate. Provenant d’une fuite du cabinet de lobbying Fleishman-Hillard, mandaté par Monsanto pour l’assister dans sa défense, cette liste a été constituée afin d’assurer le renouvellement de l’autorisation européenne du glyphosate. 

Ce « fichier Monsanto » contient ainsi, pêle-mêle, les noms de personnalités politiques de premier plan, de dirigeants d’ONG ou de firmes de lobbying, de journalistes et de représentants syndicaux. Tous se voient attribuer une note allant de 1 à 5 et jugeant, d’une part, de leur crédibilité, et d’autre part, de leur soutien ou de leur opposition à Monsanto. 

Un deuxième tableau, comprenant 80 noms est, cette fois, accompagné d’un code couleur et classe les personnalités en fonction de l’intérêt qu’ils représentent pour la firme. Le classement départage ainsi les alliés identifiés, les alliés potentiels à recruter ou encore les parties prenantes à éduquer et à surveiller. 

Le code pénal interdit pourtant la constitution de toute base de données à caractère personnel « faisant apparaître les opinions politiques d’une personne sans son consentement ». Autant dire que cette nouvelle affaire risque bien de faire pleuvoir une nouvelle série de procès sur la firme incriminée.

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