LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Un policier anglais dans la commune de Watford

Les gangs de Telford

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans la ville de Telford en Angleterre des gangs se sont livrés depuis les années 80 à des agressions sexuelles sur près d'un millier de jeunes filles. Un scandale qui interroge sur les raisons d'un tel silence et sur les risques de récupération d'une affaire plus complexe qu'il n'y paraît.

Un policier anglais dans la commune de Watford
Un policier anglais dans la commune de Watford Crédits : ALAN ROXBOROUGH / CROWDSPARK - AFP

Alors que nous évoquons aujourd’hui la réalité et le mythe du gang des Peaky Blinders à Birmingham, c’est depuis quelques semaines la ville anglaise de Telford, dans le comté du Shropshire, qui défraie la chronique.

Le 11 mars dernier, une enquête du Sunday Mirror, hebdomadaire populaire outre-manche, révélait en effet que, depuis les années 1980, près d’un millier d’enfants et de jeunes adolescents avaient été victimes d’agressions sexuelles et de viols, sans que la police ne  démantèle le réseau.

Dans cet article, le journal se livre d’ailleurs à une charge particulièrement violente contre les autorités politiques et de police, qu’il accuse de n’être pas “intervenues durant plus de 40 ans, malgré les nombreux avertissements des travailleurs sociaux”.

Un système défaillant à tous les niveaux

Eh bien il y a eu de très nombreuses défaillances, et ce, à tous les niveaux de traitement et d’écoute de la parole des victimes. Dans le Mirror, une adolescente de 14 ans déclare ainsi avoir été agressée par plusieurs hommes dans des fast food de la ville et avoir dû se rendre à de très nombreuses reprises dans une clinique locale pour demander la pilule du lendemain, sans que personne ne l’interroge ou ne lui propose de l’aide.

Le journal rapporte ainsi que, dès les années 1990, des assistants sociaux étaient au courant de ces abus et avaient prévenu la police, mais qu’il avait fallu à celle-ci plus d’une décennie avant de lancer une enquête.

Et pour le Mirror, ces graves manquements de la police s'expliqueraient en réalité par la peur de ces derniers d’être taxés de racisme. Car l’une des spécificités de cette affaire est que la grande majorité des membres de ces gangs est issue de la communauté pakistanaise. Sur les 110 suspects repérés lors de l’enquête, 80% seraient ainsi originaires de ce pays.

Le chef de la police locale récuse quant-à-lui cette accusation d’avoir voulu étouffer l’affaire, rappelant qu’en 2013 déjà, une enquête avait abouti au démantèlement d’un réseau pédophile similaire et que sept hommes avaient été condamnés.

Une récupération politique 

L'affaire prend un tournant politique quand la députée conservatrice de Telford précise que les victimes étaient, dans la plupart des cas “issues de la classe blanche ouvrière et souffraient de fragilités multiples” ce qui explique qu’elles aient été visées par les “gangs pakistanais”.

Et l’affaire devient alors explosive. Car si les révélations du Mirror viennent en réalité rappeler l’ampleur d’un phénomène déjà connu, le fait de mettre l’accent sur les origines des victimes et des agresseurs vise en réalité à activer des réflexes de repli et à mettre en opposition les classes populaires blanches et celles issues de l’immigration.

Car pour la droite nationaliste qui se déchaîne, l’affaire ne fait pas mystère : les faits ont été sciemment cachés pendant tout ce temps sous l’empire tout puissant de la bien-pensance pro-immigration. Pour l’universitaire britannique Joanna Williams, interrogée par FigaroVox, “les commentateurs de la classe moyenne seraient ainsi beaucoup plus inquiets d’un potentiel racisme de la classe ouvrière blanche que de l’abus de ces enfants”. Elle assène même que ce serait le mouvement Metoo qui aurait rendu les gens infiniment plus préoccupés par un malencontreux “toucher de genoux” que par des viols d’enfants.

Il faut cependant rappeler que ces faits se sont produit depuis les années 80... et donc bien avant la libération de la parole des victimes et des femmes en particulier. Il semble donc curieux d’accuser la société actuelle d’indifférence alors même que ces révélations se font jour en plein dans le mouvement Metoo, qui redonne une visibilité à la parole des femmes.

Heureusement donc, que ce mouvement ne concerne pas que les célébrités, mais que peuvent également être révélées et dénoncées les violences commises contre des jeunes femmes de la classe populaire britannique.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......