LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Les Sex Pistols

La révolution en chantant

3 min
À retrouver dans l'émission

Après avoir été un espace de contestation politique et sociale, le monde artistique et culturel semble désormais plus attaché à la défense d'intérêts particuliers qu'à la perspective d'un dépassement politique collectif.

Les Sex Pistols
Les Sex Pistols Crédits : Virginia Turbett - Getty

Alors que la France bruisse de revendications en matière économique, sociale ou encore démocratique, il était intéressant de revenir sur le rôle de l’art dans l’accompagnement d’un mouvement qui entend redonner la parole aux oubliés du politique.

A la fin des années 1960, le philosophe Herbert Marcuse assure, je cite, que « l’art joue un rôle très important dans les mouvements sociaux et que s’il n’agit jamais directement [...] il permet néanmoins de développer la conscience, l’imagination et la sensibilité au-delà et à l’encontre des formes établies ».   

L’art a donc pour Marcuse un rôle d’éveil et d’irrigation de la pensée critique collective. Une première étape fondamentale dans l’élaboration d’espaces de subversion, pour penser des alternatives au système politique, économique ou culturel dominant.

On pense notamment au rôle de la musique dans la création et l’accompagnement d’une contre-culture. Jadis cette volonté contestataire semblait liée au développement d’une scène artistique, culturelle alternative. On pense évidemment à la puissance des scènes punk, rock ou rap qui portaient en elles, une véritable critique des valeurs bourgeoises et d’un modèle capitaliste, dont elles étaient les laissés pour compte.

Au milieu des années 1970, l’émergence de la scène punk se produit ainsi dans une Angleterre en proie à des conflits sociaux larvés, traversant l’ensemble du corps social.

Dans cet environnement, la musique des Clash et des Sex Pistols survient comme un coup de tonnerre, un cri de révolte, qui devient résolument politique au cours des années 1980. Le fameux slogan punk du « Do it yourself » sonne autant comme une revendication d’autonomie que comme une volonté de résistance au processus de marchandisation de la société.

Un mouvement punk, qui se fond pourtant peu à peu dans la culture dominante. Comme toujours la sous-culture se voit phagocytée, intégrée à la culture dominante dans un processus de banalisation et de standardisation bien connu. Les mots d’ordre des punks sont peu à peu transformés en slogans creux, vidés de leur pouvoir subversif par la toute-puissance du marketing et de la publicité.

Aujourd’hui à l’exception de certains groupes de rap qui dénoncent les injustices et les dominations économiques, raciales ou politiques, difficile de percevoir où se produit la contestation du modèle actuel. En réalité, les artistes dits « engagés » se font rares et la contestation politique se limite à des prises de position sur des sujets précis : la dénonciation d’une injustice ou la défense d’une catégorie particulière.

Alors que l’on pouvait percevoir dans les mouvements punk des années 1970 une forme de radicalité dans les discours et les revendications, les artistes actuels ne se mobilisent plus que ponctuellement sur des sujets particuliers qui leur tiennent à cœur. Une évolution qui est loin, bien entendu, de ne toucher que le monde artistique et culturel.

En réalité, cette dilution du pouvoir de la culture, serait le fruit d’un changement plus profond de nos modes de mobilisation et d’identification. On assiste aujourd’hui à une atomisation des identités et des luttes qui en découlent. Après avoir fantasmé internet et les réseaux sociaux comme des espaces de débat et d’élaboration politique renouvelés,  on se demande aujourd’hui s’ils n’ont pas plutôt conduit à une dilution des revendications politiques. Dilution dans la multiplicité des canaux d’expression, mais aussi dans la multiplication des revendications elles-mêmes.

Les artistes comme les citoyens se mobilisent en fonction de leurs intérêts, de leurs sensibilités et de leurs affinités. La lutte se pense aujourd’hui comme un exercice perpétuel de conquête de nouveaux droits, plutôt que comme une perspective de dépassement collectif. Et de cela, la musique se fait aussi l’écho.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......