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L'inscription "Des fermes, pas des usines", dans l'une des étables de la ferme dite des Mille Vaches

Des nouvelles des Mille Vaches

3 min
À retrouver dans l'émission

La "ferme-usine" de la Somme cristallise les oppositions et illustre les dérives d'une capture de l'élevage par les logiques capitalistes et industrielles. Elle montre aussi les difficulté pour le secteur de se réinventer et d'allier niveau de vie décent des exploitant et respect des animaux.

L'inscription "Des fermes, pas des usines", dans l'une des étables de la ferme dite des Mille Vaches
L'inscription "Des fermes, pas des usines", dans l'une des étables de la ferme dite des Mille Vaches Crédits : FRANCOIS LO PRESTI / AFP - AFP

Lancée officiellement en 2014, la "ferme des mille vaches" cristallise depuis ses débuts de nombreuses critiques quant à son caractère démesuré. Il faut dire que ce projet d’étable géante, situé près d’Abbeville dans la Somme se destinait à accueillir 1750 bovins, dont mille vaches laitières et 750 veaux et génisses. 

Une "ferme" conçue pour 1750 vaches

En juillet 2013, le préfet de la Somme avait cependant limité à 400 le nombre de bovins autorisés dans l’exploitation. Un chiffre qui sera porté à 700 en 2016 avec l’intervention de Ségolène Royal, alors ministre de l’écologie… L’élevage, hors-sol et intensif, permet également, génie de l’innovation, de produire de l’électricité à partir du fumier des bêtes. 

Ainsi dans ce dispositif, rien ne se perd, tout se transforme. Les bêtes ne sont pas seulement traitées comme la variable d’ajustement d’un système de production industrielle de lait. Leur corps, leurs déjections, sont mis à contribution, pour produire l’énergie nécessaire au fonctionnement des machines et de l’exploitation.

Un type d’élevage encore peu fréquent en France, car la France conserve aujourd’hui encore -exception notable en Europe- un véritable tissu de petites fermes laitières familiales, ancrées sur tout le territoire. Fort de ce maillage local, l’élevage laitier reste le premier secteur agricole, avec 90 000 chefs d'exploitation. Un chiffre qui ne cesse cependant de baisser face aux difficultés importantes que connaissent les éleveurs face à la folle mise en marché du lait.

Une concurrence internationale entre exploitations

Les concepteurs des mille vaches revendiquent pour leur part s’être inspirés des exploitations géantes allemandes et des méga-centres d’engraissement italiens, où sont envoyés nombre de nos veaux français. L’objectif est donc clairement de s’inscrire dans cette concurrence internationale, pour tenir la dragée haute à nos concurrents étrangers. 

Le projet est d’ailleurs soutenu par l'Etat au nom du développement économique et industriel de la région. Il s’insère en réalité dans une logique plus large de modernisation de l’outil productif français. Comme si l’on pouvait comparer bétail et lignes de production, on s’est donc lancés dans une course effrénée vers des exploitations toujours plus grandes, toujours plus mécanisées. Autant de signes indubitables de notre modernité. 

Un argument économique, d’ailleurs repris par le tribunal de Douai, pour justifier le maintien de l’activité du site. Alors que les opposants au projet demandaient la fermeture du site, la cour administrative d’appel a estimé qu’il n’y avait pas lieu de suspendre l’autorisation d’exploitation, compte tenu je cite « des graves conséquences économiques et sociales » qu’elle entraînerait pour la société exploitante et pour les salariés. 

L'argument économique au secours des mille vaches

Un argument économique que l’on pourrait entendre, s’il ne servait pas de leitmotiv pour justifier des activités socialement ou écologiquement inacceptables. Les associations, en lutte contre le projet, dénoncent ainsi les conditions déplorables dans lesquelles les animaux sont élevés. 

En 2015, un ancien salarié de la ferme-usine, racontait ainsi au site d’information Reporterre, que « dans le troupeau, au moins 300 vaches boitent. Elles sont fatiguées, maigres, ont des sabots qui pourrissent. Elles marchent à longueur de journée dans leurs excréments. Les responsables refusent de mettre du produit pour soigner les bêtes car cela coûte trop cher. Résultat, il y a deux ou trois vaches qui meurent chaque semaine. » 

La mainmise du capitalisme et de son discours sur les réalités de l’élevage en somme. Interrogé par Reporterre, le responsable de l’exploitation nie évidemment toute maltraitance, déployant un argumentaire implacable, je cite : « Une vache ça vaut de l’argent, ce n’est pas dans notre intérêt de les faire mourir, elles sont bien soignées. quand quelqu’un perd une vache sur cinquante ça fait mal. Mais c’est vrai qu'avec 700 vaches on peut en perdre 14… ». Implacable donc.  

Ballotée d’une décision de justice à l’autre, la ferme des mille vaches semble aujourd’hui devenue le symbole absolu des errances de l’agriculture. L’exploitation cristallise ainsi les oppositions et illustre toute la difficulté pour l’élevage de se réinventer et de définir une identité qui allie à fois la nécessité d’en vivre et le goût du travail bien fait. 

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