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Palais de la Civilisation italienne

Les fractures transalpines

3 min
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Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue semblent avoir trouvé un accord de gouvernement en Italie. Une débâcle des partis traditionnels nourrie par la hausse des inégalités et le ras-le-bol des italiens face aux politiques successives d'austérité.

Palais de la Civilisation italienne
Palais de la Civilisation italienne Crédits : MANUEL COHEN / MCOHEN - AFP

Alors que les deux partis arrivés en tête des dernières élections italiennes, la Ligue et le Mouvement cinq étoiles, semblent s’être mis d’accord sur le nom d’un président du Conseil, il est intéressant de s’interroger sur les causes de cette débâcle des partis traditionnels italiens.

Il y a bien sûr une montée en Europe des formations dites “anti-système”, revendiquant la mise à bas de l’ordre politique et économique actuel, mais il faut aussi rappeler l’importance de la dépression qui a frappé l’Italie, et surtout la faiblesse des réponses apportées pour contrer le creusement toujours plus inquiétant des inégalités.

Le timide retour de la croissance en 2017 n’a pas eu d’incidence tangible sur l’économie transalpine. Ainsi 23% des italiens risquent aujourd’hui de passer sous le seuil de pauvreté alors que 5% des familles italiennes détiennent plus du tiers de la richesse nationale.

La fracture générationnelle

On peut même dire que l’économie se caractérise par de multiples fractures. Ainsi plus d’un tiers des personnes vivant dans la précarité ont moins de 35 ans. Selon une étude de l’institut italien Censis, plus de 3 millions de 18-35 ans ont renoncé à toute perspective d’insertion sur le marché du travail, à cause du manque d’opportunités. A cela s’ajoutent les jeunes relégués dans des métiers non qualifiés qui n’offrent aucune perspective d’évolution. Soit près de 6 millions de jeunes qui sombrent aujourd’hui dans la précarité.

Maurizio Gardini, qui a mené cette étude s’alarme ainsi d’une « véritable bombe sociale”, dont les résultats politiques récents pourraient n’être que le premier des symptôme. Il déplore ainsi que rien ne soit fait pour les jeunes, craignant de voir une génération entière sacrifiée.

En cause, les politiques d’austérité mises en œuvre depuis près de dix ans par les majorités successives, pour complaire à un sacro-saint consensus ordo-libéral. En cause également les injonctions de Bruxelles pour assainir une économie déjà exsangue et qui explique la montée des formations eurosceptiques, au premier rang desquelles le mouvement Cinque Stelle, qui appelle à une remise en cause vigoureuse des politiques d’austérité.

Un positionnement qui séduit une partie importante de la population, notamment dans le Sud de l’Italie, particulièrement touché par la précarité et la montée de la pauvreté. Dans certaines régions, comme en Calabre, le taux de chômage atteint les 25 %, avec des pointes à 60 % chez les moins de 35 ans. Dans ces mêmes régions, la formation cinq étoiles a atteint les 50% lors des dernières élections.

La fracture géographique

Une fracture sur laquelle a longtemps capitalisé l’autre grand gagnant du scrutin, la Ligue anciennement du Nord, formation xénophobe prônant encore récemment la sécession pure et simple du Nord de l’Italie, qu’ils appellent Padanie pour en souligner la prétendue spécificité ethnique. Un peuple riche et prospère, tiré vers les bas par ses voisins du Sud.

Aujourd’hui le parti a changé de cible et ne vise plus les “fainéants” du Sud, mais les immigrés, venus voler le travail des bons italiens. La rhétorique reste féroce, le contenu haineux. Et c’est avec ce nouveau discours que la formation commence à s’étendre dans le Sud de l’Italie, en dénonçant le péril migratoire.

Le Mouvement cinq étoiles a pour sa part su séduire l’électorat du Sud avec sa proposition de revenu citoyen, présenté comme une ressource complémentaire d'au moins 780s euros pour les italiens les plus pauvres. En réalité, un certain nombre de restrictions et de subtilités réduisent considérablement la portée de cette aide qui reste tout de même une promesse alléchante, alors que près de 14 millions d’italiens qui vivent aujourd’hui avec moins de 830 euros par mois.

Pour comprendre la désagrégation du parti démocrate et des formations traditionnelles pro-européennes, il faut donc regarder la hausse sans précédent des inégalités et surtout le rejet des politiques d’austérité qui ne cessent depuis dix ans de creuser les fractures italiennes. 

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