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Illustration de  La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la Vertu, 1797

L'éducation libidinale

4 min
À retrouver dans l'émission

Un rapport nous renseigne sur la hausse de la consommation de contenus pornographiques chez les jeunes. Permise par la multiplication des sources et des plateformes de porno en libre-accès, cette hausse nous interroge sur l'incidence réelle ou supposée sur les pratiques sexuelles des adolescents.

Illustration de  La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la Vertu, 1797
Illustration de La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la Vertu, 1797

Dans un rapport remis il y a quelques jours aux parlementaires et intitulé “Les addictions chez les jeunes”, la Fondapol, le Fonds Action Addictions et la Fondation Gabriel Péri s’inquiètent de la hausse des différents types de dépendance chez les 14-24 ans. S’intéressant pêle-mêle aux consommations, d’alcool, de cigarette ou de cannabis, l’enquête revient également sur l’addiction aux écrans et notamment à la consommation de contenus pornographiques. 

Cette enquête confirme en réalité les tendances des précédentes études, avec une hausse constante du visionnage de pornos par les jeunes, qui sont désormais 20% à en regarder une fois par semaine et près de 10% quotidiennement. Et ces chiffres s’envolent lorsqu’il s’agit des garçons, qui sont toujours plus nombreux à consulter des sites pornos. Les filles sont ainsi 37% à avoir déjà navigué sur de tels sites, contre 63% chez leurs alter-egos masculins. 

Internet colonisé par les contenus pornographiques

Bien qu’il existe des filtres parentaux qui permettent de limiter l’accès à ces contenus, la multiplication de ces vidéos sur les écrans, sous différents formats et dans toute sortes de plateforme, rend en réalité difficile toute forme contrôle.

Il faut dire aussi que le politique a longtemps considéré la consommation de porno par les plus jeunes comme un sujet mineur, en témoigne la sortie de Jack Lang il y a 25 ans, décrétant que l’on avait “tort de décrier et de mépriser” le porno. Aujourd’hui, la question est passée de la Culture à la Santé et la ministre en charge du dossier, Agnès Buzyn se déclare “inquiète” de la diffusion de ces contenus auprès des mineurs. 

Une inquiétude liée à l’incidence des contenus pornographiques sur le développement de la sexualité

On commencerait ainsi à percevoir les premiers signes de cette influence, dans les perceptions et les pratiques des jeunes, nés entre les années 80 et 2000. Selon l’anthropologue Philippe Brenot, les pratiques évolueraient ainsi au fil des générations. Les années 1950 seraient marquées par une “sexualité de fécondité”, avant la libération des années 70 et le retour de bâton des années post-sida, qui voient des relations et des pratiques bien plus bridées par la peur de l’épidémie. 

La révolution du XXIe siècle tient, quant à elle, à la massification des écrans et de leurs usages dans le cadre de la sexualité. Jusqu’alors, le premier rapport représentait une espèce de saut dans l’inconnu, une prise de risque grisante vers la vie adulte. La toute première fois, dans sa dimension symbolique et initiatrice. 

Désormais, ce rite de passage s’effectue par fragmentation, par bribes. Seul devant son écran, l’adolescent se familiarise avec son propre corps et avec celui d’autrui. Il suit les voies balisées, délimitées, des préliminaires pornographiques.  

Quelle place laissée au tâtonnement?

Sans même revenir sur la question des femmes et de leurs représentations, bien souvent soumises, aguicheuses, rapidement transformées en objet de consommation, cet abreuvement de contenus pornographique, pose aussi la question de la place laissée au mystère, au tâtonnement, dans la découverte de l’acte sexuel. Devant cette myriade d'informations et de positions sexuelles, se produit une perte de l’instinct et du mystère, au profit d’une sexualité plus construite, plus apprise.

Et les attentes d’un côté comme de l’autre s’en retrouveraient profondément modifiées. Prise dans les méandres de l’internet ultra-sexualisé,  les fantasmes se retrouvent pétrifiée dans des images préfabriquées. Une sérigraphie d’images érotiques, présentées en modèles d’un rapport naturel.

Se pose également la question du gouffre, qui se révèle, entre les attentes et la réalité de l’acte sexuel. Succédant à un univers d’images artificielles, le coït apparaît, dans son plus simple appareil, bien loin des fantasmes et des prouesses numériques. Une réalité affadie, qui décontenance, interroge et ajoute encore une couche de pression à l’acte sexuel. 

Ainsi, ce culte de la performance, qui avait déjà contaminé d’autres pans de la société, s’impose dans le secret de l’alcôve et peut conduire, selon Philippe Brenot toujours, à une forme d’addiction devant un modèle inatteignable, “celui de l’érection infaillible et du rapport interminable”. 

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