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Rencontre entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan, le 16 mai 2017

Turquie : les dessous de la crise monétaire

3 min
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Alors que la livre turque a perdu en quelques mois près de 40% de sa valeur, on peut expliquer cette crise monétaire par le bras de fer diplomatique entre Washington et Ankara mais aussi par des causes plus profondes liées aux décisions du pouvoir turc et aux politiques monétaires de l'après-crise

Rencontre entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan, le 16 mai 2017
Rencontre entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan, le 16 mai 2017 Crédits : SAUL LOEB / AFP - AFP

Un bras de fer diplomatique entre Trump et Erdogan

En l’espace de quelques mois, la livre turque a perdu près de 40% de sa valeur face au dollar et continue sa chute vertigineuse sans que le pouvoir turque ne semble en mesure de l’enrayer.

En cause, la guerre commerciale que se livrent ces dernières semaines le président turc, Recep Tayyip Erdogan et son homologue américain, Donald Trump. Il faut dire que Washington a décidé de sanctionner la Turquie pour la détention du pasteur Andrew Brunson. Celui-ci est assigné à résidence par Ankara qui le soupçonne d’appartenir au réseau du prédicateur islamiste Fetullah Gülen et d’avoir participé au coup d'État de juillet 2016.

Les autorités américaines ont donc décidé, le 1er août dernier, d’imposer des sanctions financières à l’encontre des ministres turcs de la Justice et de l’Intérieur. Quelques jours plus tard, le président américain s’est à son tour fendu d’un tweet dans lequel il annonce un doublement des taxes douanières sur l’acier et l’aluminium turc.

Une perte de confiance dans les autorités turques

Et la réponse musclée du président Erdogan, qui a dénoncé un “complot international” et menacé de geler tous les avoirs américains en Turquie, n’a fait qu’envenimer la situation sur les marchés. Marchés qui voient d’un très mauvais œil ce bras de fer entre Trump et Erdogan. Mais, au-delà des turbulences diplomatiques actuelles, cette crise a, en réalité, des racines bien plus profondes et résulte  d’une perte de confiance généralisée de la part des investisseurs dans l’économie turque.

En cause : la reprise en main personnelle du président sur la politique monétaire. Celui-ci s’oppose à toute hausse des taux d’intérêts. Une opposition idéologique, à l’encontre des recommandations d’une banque centrale, totalement court-circuitée par le pouvoir en place.

Autre signal négatif envoyé par le pouvoir turc en pleine tempête monétaire : la nomination au ministère des finances du très inexpérimenté Berat Albayrak, qui n’est autre que…le gendre d’Erdogan. Une annonce très mal accueillie par les marchés, avec une livre turque qui a dévissé de 3,5% le soir de cette nomination.

Ignorant les critiques, le président turc a préféré exhorter ses concitoyens à changer leurs devises étrangères en livre turque pour soutenir la monnaie nationale. Un appel qui sonne en réalité comme un exercice de communication intérieure mais ne semble pas véritablement suivi d’effets. Les Turcs ont en effet bien compris qu’il était de leur intérêt de conserver des devises fortes face à une livre qui continue chaque jour de s’affaisser.

Le risque d'une crise bancaire et économique

Le risque désormais, c’est que la crise monétaire se transforme en crise bancaire et qu’elle vienne paralyser l’ensemble de l’économie turque. Car on craint désormais que les banques, qui ne parviennent plus à évaluer correctement les risques, décident de couper l’accès au crédit, même à de forts taux d’intérêts.

Or, comme l’explique un article de Médiapart, les entreprises turques sont endettées depuis longtemps en dollars et en euros, qui présentaient des taux d’intérêts bien plus bas que la livre turque. Les entreprises se retrouvent donc avec des dettes libellées en devises fortes et une incapacité de financement dans une devise qui s’effondre. Une véritable bombe à retardement pour l’économie du pays, dont près de la moitié des prêts sont faits en monnaie étrangère.

Mais si la situation turque est particulière, du fait de ces tensions géopolitiques, la mécanique économique à l’œuvre est-elle bien loin d’être nouvelle.

Le retournement de la FED

C’est même une lame de fond qui a touché de nombreux pays. Et c’est une conséquence directe de la politique mise en place par la Réserve fédérale américaine au lendemain de la crise de 2008, qui a consisté à inonder les marchés de milliards de dollars tout en proposant des taux d’intérêts exceptionnellement bas. Les financiers se sont alors saisis de cette manne inespérée pour investir dans le monde entier.

Mais maintenant que la FED commence à remonter ses taux, les investisseurs trouvent bien plus intéressant et rémunérateur de revenir vers les Etats-Unis, laissant derrière eux des économies exsangues, en manque cruel de liquidités. C’est le même mécanisme qui a causé la chute du peso en Argentine et qui pourrait, en l’absence de politiques appropriées, se propager à l’ensemble de l’économie mondiale...

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