LE DIRECT
.

Les ambiguïtés de la fin du gros billet

3 min
À retrouver dans l'émission

La BCE a décidé d'arrêter l'émission des billets de 500 euros afin de combattre l'usage souvent illégal et souterrain qui en est fait. Mais cette évolution nous interroge aussi sur la perspective d'une fin de l'argent liquide et sur les possibles dérives monnaie purement virtuelle.

.
. Crédits : AFP

Si les mécanismes et politiques mis en oeuvre par la BCE sont parfois difficiles à saisir pour la majorité des citoyens, il est une prérogative de la banque centrale qui a une incidence directe, concrète sur la vie des européens :  celle de planifier et de coordonner l’émission des billets de banque 

Alors qu’il revient à chaque Etat de frapper ses propres pièces de monnaie, c’est bien à la Banque centrale européenne de décider des politiques en matière d’émissions de billets. L’institution européenne a donc décidé, le 4 mai dernier,  d’arrêter de produire ces grosses coupures roses, que l’on voit surtout dans les films de mafieux. 

Car c’est bien là que le bât blesse. La BCE a ainsi justifié sa décision en rappelant que ces grosses coupures servaient avant tout au financement d’activités illégales, terroristes, et à la circulation de l’argent sale.

Surtout que, comme le rappelle Europol, un million d’euros en billets de 500 sont aisément transportables, dans une petite mallette ou même dans une simple housse d’ordinateur. Autant dire que c’est un jeu d’enfant pour les fraudeurs et autres mules financières, de transporter et échanger ces billets pour des activités bien souvent recommandables : du blanchiment d’argent à l’évasion fiscale en passant par la pure et simple corruption. 

D’autant que si ces billets sont relativement rares -seulement 3% des billets en circulation- ils représentent néanmoins près d’un tiers de la valeur cumulée de tous les billets. Maîtriser leur émission et leur usage est donc un enjeu essentiel pour la BCE qui a donc décidé, à l’unanimité, de les supprimer.

Concrètement, cela signifie que, depuis dimanche dernier, les banques des Etats de la zone euro -excepté l’Allemagne et l’Autriche- ont cessé d’émettre des billets de 500 euros. Les billets mauves toujours en circulation conserveront leur valeur  faciale et pourront donc être utilisés dans les commerces, mais il n’y aura pas de nouvelle émission. 

Une décision qui n’a pourtant pas fait que des heureux, car derrière cette suppression des grosses coupures se fait jour la peur de voir tout à fait disparaître la monnaie… ou du moins l’argent liquide. Une peur  qui est d’ailleurs largement relayée sur des blogs et des vidéos conspirationnistes, qui voient dans cette décision un agenda caché de la part des technocrates européens. 

Ils se fondent pour cela sur une étude d’impact, commandée par la Commission européenne, et qui explore plusieurs scénarios monétaires, parmi lesquels une restriction des paiements en espèce. Une seule option parmi d’autres donc, sans la moindre valeur normative. 

Mais ce document a suffi à mettre le feu aux poudres. D’autant que la Commission n’est pas la première à s’intéresser à une telle éventualité. La Suède, elle aussi, s’est très sérieusement penchée sur la possibilité de créer une monnaie totalement digitale, pour répondre notamment à la chute des achats en liquides passée de 40% à 10% depuis 2010. 

Il n’y a pourtant pas que les gangsters et les complotistes qui s’inquiètent de cette disparition de la monnaie. Outre les gangsters, bandits et autres blogueurs de grands chemins, c’est toute une armée, aussi hétéroclite que mouvante, qui a commencé à se mobiliser pour dénoncer la disparition du précieux billet. 

Parmi ceux-ci, les premiers à s’être opposés à la décision de la BCE sont les Allemands, très attachés au paiement en liquide. Mais outre une opposition culturelle, fondée sur une habitude germanique des grosses coupures, c’est aussi un attachement au respect de la vie privée qui fonde cette hostilité. 

Face aux fantasmes techno-pragmatiques d’une monnaie totalement dématérialisée, on peut en effet s’inquiéter des usages et des dérives permises par une telle technologie. Car contrairement à l’argent, sonnant et trébuchant, les transactions numériques laissent derrière elles une trace, quasi indélébile, qui nous lie durablement à la monnaie. Un dispositif de surveillance et de contrôle sans précédent en perspective, et face auquel il convient donc de s’interroger.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......