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La prépa, tu l'aimes ou tu la quittes

Classes prépa : les mirages du mérite

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Les classes préparatoires sont un enseignement d'excellence qui allient exigence et pluridisciplinarité. Elle sont pourtant critiquées du fait de leur caractère profondément élitiste, puisant une grande majorité de leurs étudiants chez les "héritiers" de la République.

La prépa, tu l'aimes ou tu la quittes
La prépa, tu l'aimes ou tu la quittes Crédits : ARNAUD GUILLAUME / AFP - AFP

Les joyaux de la couronne de l’éducation nationale, la formation d’excellence à la française, qui subit pourtant un certain nombre de critiques du fait de son caractère extrêmement élitiste. 

Le projet des classes prépas est pourtant séduisant : c’est celui de la pluridisciplinarité et de la méritocratie républicaine. Durant ces deux années, les jeunes étudiants sont invités à s’intéresser non seulement aux mathématiques mais aussi à la philosophie et à la culture générale. L’appel des humanités. 

Poursuivant le principe du tronc commun, les classes préparatoires offrent aux élèves le temps nécessaire pour l’élaboration de leur projet personnel et professionnel. 

Les prépas sont aussi louées pour leur rôle de formation et de structuration, permettant aux élèves d’acquérir une véritable rigueur, une capacité d’analyse et de synthèse qui leur seront utiles pour la suite de leurs études et au travail. Une parenthèse bienheureuse de tâtonnement qui invite les élèves à la découverte pure, dans les meilleures conditions d’encadrement et d’accès à la connaissance. 

Une filière rassurante

Dans un moment où l’on ne cesse de pointer les difficultés d’accès des jeunes au marché du travail, où la réponse apportée est celle d’une flexibilité toujours plus grande, les classes prépas sont vues comme un îlot de sécurité pour les élèves et leurs parents. 

Il faut dire que le taux d’intégration dans les écoles d’ingénieur après une prépa est de près de 80% et de près de 70% pour les écoles de commerce. 

Dans la tradition de l'élitisme à la française qui porte aux nues les grandes écoles, les classes préparatoires apparaissent donc comme le passage obligé, face à la mauvaise image dont pâtit toujours l’université publique. 

Des conditions particulièrement favorables 

Exactement. C’est notamment ce que pointe Jean-Paul Delahaye dans un rapport sur la grande pauvreté et la réussite scolaire, où il relève la disproportion flagrante d’investissement entre les classes préparatoires et l’université. 

Il rapporte ainsi que l’investissement pour l’accompagnement éducatif des prépas, les fameuses khôlles, représente près de 850 euros par élève, contre seulement 300 pour les autres. Rappelons que les classes préparatoires réunissent à peine 86 000 élèves, contre plus de 2,5 millions dans les autres filières. 

C’est l’autre critique formulée à l’encontre des prépas. Celle d’être réservée à une minorité élitiste, qui trouve 50% de ses effectifs chez les enfants de cadres, contre seulement 6,5% d’enfants d’ouvriers. Un véritable moule de reproduction sociale. 

Un espace de reproduction sociale

Et même au sein des prépas, la distinction s’installe. Dans un article virulent consacré à ce sujet, la journaliste Marie Despleschin rappelle ainsi la difficulté pour nombre d’élèves d’apprendre dans cet environnement fermé, ultra exigeant avec des méthodes pédagogiques souvent impitoyables.

Ce système semble en réalité taillé sur mesure pour les héritiers, ceux qui bénéficient d’un capital social, financier et culturel, leur permettant de se glisser parfaitement dans les habits - sur mesure - de l’élite républicaine. 

Alors que l’on s’interroge sur le futur de l’enseignement supérieur, on peut espérer que le gouvernement s’inspire cette pluridisciplinarité, et donne les moyens pour inventer une université de l’excellence, fer de lance d’un enseignement véritablement démocratique.

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