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Le film I, Daniel Blake, de Ken Loach

Le discrédit du crédit universel britannique

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La réforme de fusion des aides sociales mise en oeuvre au Royaume-Uni a conduit à renforcer la précarité des ayant droit, sans repenser un système qui organise cette même précarité.

Le film I, Daniel Blake, de Ken Loach
Le film I, Daniel Blake, de Ken Loach Crédits : Getty

Décidée par le gouvernement Cameron en avril 2013 et mise en oeuvre progressivement depuis, cette réforme des allocations sociales appelée Universal credit n’a pourtant rien d’universel. Comme l’explique un article d’Amandine Alexandre sur Médiapart, cette fusion des aides sociales a conduit, au contraire, à renforcer le contrôle et la précarité des allocataires, causant pour une grande partie d’entre-eux, d’importantes pertes financières.

D’ailleurs les mots ont leur importance. On se rappelle ainsi comment le président Macron avait, en France, affublé son projet de fusion des aides sociales du nom de "revenu universel d'activité", opérant une capture du langage et vidant les termes de leur signification profonde pour légitimer son projet. 

Si la réforme des conservateurs anglais usurpe également le terme d’universel qu’elle ne recoupe aucunement, au moins le terme de « crédit » éclaircit-il la place nouvelle des bénéficiaires de ces aides, qui deviennent « débiteurs » de l'État, avec ce que cela comprend de contreparties et d’obligations consenties.    

Pourtant la réforme était, à sa présentation, saluée à droite comme à gauche. L’objectif affiché du universal credit était d’encourager les bénéficiaires de l’aide sociale à travailler en faisant en sorte que nul ne perde de l’argent en reprenant un emploi. Le problème c’est que rapidement le système s’est avéré être un désastre : lancé en 2013, le crédit universel devait être progressivement déployé pour atteindre tous ses bénéficiaires à l’horizon 2017. 

Début 2018, seules 700 000 personnes touchaient effectivement le crédit universel, soit à peine 11% de la population y ayant droit. L’objectif de déploiement a finalement été repoussé à l’année 2023… Une mise en oeuvre tellement désastreuse que l’observateur de l’ONU en charge de l’évaluation de ce dispositif n’a pas hésité à écrire que le “crédit universel” était “en train de tomber dans le discrédit ».

Il faut dire qu’au-delà de son objectif de réduction de la pauvreté, ce nouveau dispositif cherchait aussi et peut être surtout à réaliser des économies, le lancement du programme coïncidant avec le pic des politiques d’austérité outre-Manche.  

L’article de Médiapart met ainsi en lumière la complexité des démarches administratives pour bénéficier du « crédit universel ». L’auteure de l’article est ainsi allée à la rencontre de plusieurs bénéficiaires des aides sociales, outre-Manche, qui ont vu se multiplier les obstacles depuis la mise en oeuvre du crédit universel. La première difficulté survient ainsi « au moment de remplir les formulaires en ligne » et uniquement en ligne. 

Des procédures intégralement basculées sur internet afin de réduire les frais de personnel et d’améliorer, dit-on, l’efficacité de traitement. En réalité, des formalités qui peuvent prendre jusqu’à trois heures, sans possibilité de s’adresser à un conseiller. A la moindre erreur, retour à la case départ. Tant pis pour ceux qui, comme Ayla, n’ont pas les moyens de se payer un abonnement internet. 

Mais, une fois cette étape franchie, les demandeurs de prestations sociales doivent encore attendre un délai de six semaines avant de savoir s’ils sont éligibles au crédit universel. Six longues semaines qui s’apparentent à une forme de calvaire financier pour des travailleurs pauvres qui doivent passer cette période sans la moindre, le moindre crédit, ni la moindre allocation. En témoigne aujourd’hui l’explosion de la demande dans les banques alimentaires. Jusqu’à 50% de plus dans certaines zones où le crédit a été mis en place. 

Mais au-delà des conséquences funestes de sa mise en oeuvre cynique, ce sont surtout les objectifs de ce dispositif qui nous interrogent. Il semble en effet étonnant de promouvoir le retour à l’emploi dans un pays qui ne compte que 4% de chômeurs. Etrange surtout de vouloir compenser une précarité elle-même causée par un modèle économique fondé sur la libéralisation du marché du travail et la multiplication des emplois courts et précaires. 

De la fragmentation du marché du travail, au contrôle drastique des chômeurs, en passant par l’élaboration de nouvelles formes de travail précaire, le Royaume-Uni a toujours constitué un laboratoire de premier plan en matière 

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