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Retraites : les ambivalences de la réforme

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En focalisant le débat sur la question de l'âge minimum de départ à la retraite, le gouvernement impose son rythme à la réforme. Pourtant, repousser cet âge légal risque de renchérir le nombre de séniors sans emploi et de pénaliser les travailleurs les plus précaires.

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. Crédits : AFP

Agnès Buzyn a en effet déclaré, lors d’une interview dominicale, qu’elle n’était pas hostile à un report de l’âge de départ à la retraite, expliquant, je cite, « que la durée de vie augmentait d’année en année » et qu’il était donc nécessaire de s’y adapter.

Elle a bien rapidement ajouté qu’elle s’exprimait à titre personnel, en tant que médecin, consciente que nous serions bien obligés, un jour, « de travailler plus longtemps » au risque, sinon, de voir tout notre système s’effondrer.

Pourtant cet allongement de la durée de cotisation ne faisait pas partie du programme du candidat Macron. Le futur président de la République avait même clairement promis l’inverse, assurant qu’une fois élu, il ne toucherait pas à l’âge de départ à la retraite. La ministre de la santé, pourtant, loin d’être désavouée, s’est vue confortée par le Premier ministre.

Dans un exercice de funambulisme politique, Edouard Philippe a en effet déclaré face à la représentation nationale qu’il n’était pas question, « dans le cadre de cette réforme de modifier l’âge de départ à la retraite, mais… » -et tout est dans le « mais »- que « dans le contexte d’un vieillissement de la population, se poser la question de travailler plus longtemps [...] était une question parfaitement valide.» Tout était donc dans le « mais »...

Depuis, on assiste à une suite de déclarations tantôt convergentes, tantôt contradictoires, le haut-commissaire en charge des retraites menaçant même de démissionner en cas de report de l’âge de départ à la retraite. Un désordre bien organisé en somme, qui ne peut manquer de nous rappeler que c’est toujours le mode opératoire de ce gouvernement : lancer des pistes de réforme extrêmement radicales, pour ensuite reculer et donner l’impression d’amender sa copie.

Les opposants à cette réforme signalent par ailleurs que le report de l’âge de départ à la retraite risque de renchérir le nombre de seniors au chômage. Il il faut dire que la France se distingue déjà avec un taux d’embauche des seniors nettement inférieur aux moyennes européenne. Ainsi seuls 29 % des 60-64 ans travaillent aujourd’hui dans l’Hexagone contre des taux d’emploi oscillant entre 61 % et 68 % dans des pays comme la Suisse, la Norvège ou encore la Suède.

Le fait de reporter l’âge de départ à la retraite risque donc de venir grossir les rangs des seniors qui peinent aujourd’hui à trouver un emploi. Un non-sens, non seulement dans le cadre d’une politique de réduction du chômage mais aussi de rééquilibrage des comptes publics, qui semblent pourtant être les deux priorités du gouvernement.

Enfin le gouvernement ne parle que de l’allongement de l’espérance de vie sans mentionner l’espérance de vie en bonne santé. Et cela fait toute la différence. Car si l’espérance de vie des Français est parmi les meilleures au monde, cela se dégrade quand on parle de leur santé. Ainsi selon l’institut Eurostat, la France est en dessous de la moyenne européenne dans ce domaine : 64 ans chez les femmes, 63 ans chez les hommes. Loin, très loin derrière la Suède par exemple qui enregistre un indice supérieur de près de 10 ans.

Selon l’épidémiologiste Christophe Tzourio, cité par le Monde, cela peut s’expliquer par le fait que « notre système de santé français est surtout axé sur les soins, celui des pays du nord davantage sur la prévention. Dès lors, les pays scandinaves ont un plus faible recours aux médicaments et aux hôpitaux, et consomment moins de tabac et d’alcool ». Une différence de modèle donc, qui n’est pas neutre quand on s’interroge sur une réforme de notre système de retraites.

Car allonger la durée de cotisation et repousser l’âge de départ à la retraite a aussi une incidence sur les corps. Cela signifie rogner sur ces années où le corps délivré du travail peut enfin se reposer et s’adonner à d’autres activités. Une telle mesure pénaliserait particulièrement ceux qui ont commencé à travailler jeune et qui ont eu une activité pénible : en clair, les ouvriers et les travailleurs précaires qui arrivent déjà à la retraite épuisés, incapables de profiter de cette période de liberté.

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