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Du plastique dans les nappes phréatiques

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Une récente étude américaine confirme la présence de microparticules de plastique dans nos réserves d'eau souterraines. Un nouvel espace colonisé par le plastique, qui laisse augurer une société durablement polluée par les conséquences de notre activité.

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. Crédits : AFP

Nous savons ainsi que l’eau embouteillée est largement contaminée par des microparticules de plastiques, allant de la largeur d’un cheveu à la taille d’un globule rouge. Si leur quantité varie : de 30 microbilles par litre de San Pellegrino par exemple, à plus de 900 dans certaines bouteilles de Nestlé, ce sont en tout 93% des contenants qui testent positivement à la recherche de plastiques dans leurs eaux cristallines. 

Mais il semblerait qu’il n’y ait pas que les bouteilles en plastique qui contiennent et diffusent ces microparticules. Une étude, publiée en janvier dernier par une équipe de chercheurs de l’Illinois Sustainable Technology Center, nous apprend que l’on retrouve désormais ces présences de plastique jusque dans l’eau de notre robinet. 

Cette étude, menée sur une série de 17 échantillons d’eau, prélevés dans la région de Saint Louis, Missouri, a ainsi démontré que des résidus de plastique avaient colonisé la quasi totalité des nappes souterraines de la région. 

Elle confirme d’ailleurs les résultats d’une autre étude de 2017, menée dans différents pays par les Universités de New-York et du Minnesota, et qui concluait que 83% des échantillons contenaient des particules de plastique. Il faut dire que si le processus naturel d’infiltration de l’eau permet normalement de filtrer ses impuretés, les ressources aquatiques sont devenues si polluées que la nature n’y suffit plus et l’on retrouve dans l’eau des pesticides, du nitrate et désormais… du plastique. 

La raison en est d’ailleurs assez simple : les nappes phréatiques sont contaminées par les eaux que nous utilisons au quotidien et qui sont rejetées dans la nature sans avoir pu être totalement nettoyées. Ainsi comme le relève Tim Hoellein, l’un des auteurs du rapport, il faut imaginer les « milliers de fibres de polyester qui se retrouvent dans notre fosse septique après avoir fait une simple lessive ». 

Cette eau s'infiltre ensuite dans les nappes phréatiques et pollue durablement nos réserves d’eau souterraines. Et c’est bien le problème de ces matières polymères : même fragmentées en milliers de microbilles, elles peuvent survivre et polluer jusqu’à des milliers d’années. Tim Hoellein rappelle ainsi que « même si nous arrêtions du jour au lendemain de produire du plastique, nous aurions tout de même à affronter ce problème pendant des années car le plastique ne disparaît jamais tout à fait ». 

Comme le relève le chercheur, il est d’ailleurs totalement ahurissant, pour ne pas dire tout à fait criminel, d’avoir produit en si grande quantité des produits à usage unique, dans des matériaux conçus pour durer éternellement. On estime ainsi que l’homme a produit, depuis les années 1940, plus de 6 milliards de tonnes de déchets plastiques. Déchets que l’on retrouve pour 80% d’entre eux dans les décharges ou directement dans la nature. 

Autant de plastiques qui se désagrègent lentement, se décomposant en milliards de milliards de microbilles que l’on retrouve ensuite dans les animaux que nous mangeons et dans l’eau que nous buvons. En considérant qu’une personne boit 2 à 3 litre d’eau par jour, elle pourrait avoir ingéré entre 3 et 4 000 microparticules de plastique chaque année.

Il est néanmoins difficile d’évaluer l’impact exact de ces particules sur notre santé. Si les effets de ces substances sont encore incertains, une étude a néanmoins montré qu’elles pouvaient être responsables de la diffusion de substances chimiques et de bactéries dans notre organisme. Un autre rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, explique que ces micro-débris peuvent s’infiltrer dans le sang du rat pour ensuite coloniser son rein et son foie. 

Ce que nous disent surtout ces études c’est qu’après avoir bâti une civilisation, entièrement fondée sur la croissance et les hydrocarbures, ce n’est pas tant l’après-pétrole qui devrait nous inquiéter que les conséquences de notre activité. Un régime des infimes menaces et des cours d’eau pollués, qui nous condamne à n’être jamais une société, du pétrole, libérée. 

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