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Le premier ministre portugais, Antonio Costa, lors d'un sommet européen à Bruxelles, le 28 juin 2018

Miracle ou mirage de l'économie portugaise

3 min
À retrouver dans l'émission

Arrivée au pouvoir en 2015, la nouvelle majorité portugaise a tenté de remettre en cause l'austérité subie par le pays depuis plus de trois ans. Un chômage en baisse et des déficits historiquement bas masquent une hausse des emplois précaires et un manque chronique d'investissements publics.

Le premier ministre portugais, Antonio Costa, lors d'un sommet européen à Bruxelles, le 28 juin 2018
Le premier ministre portugais, Antonio Costa, lors d'un sommet européen à Bruxelles, le 28 juin 2018 Crédits : Ben STANSALL - AFP

Une majorité composite

Le pays fait figure d’exception dans la stratégie qu’il a choisi d’adopter face à la crise. Ainsi, le tournant se produit en 2015.  Après trois ans de cure d’austérité menée par le gouvernement social-démocrate de Pedro Passos Coelho, les élections législatives ont fait émerger de nouvelles forces à gauche. Bloc de gauche, écologistes et socialistes vont décider de s’unir pour accéder au pouvoir mais -spécificité de cet attelage insolite- les socialistes gouvernent seuls. Les autres partis, plus radicaux, ont accepté de les soutenir au Parlement tout en refusant d’entrer au gouvernement.

C’est ce qu’on appelle la geringonça, terme d’abord péjoratif désignant un truc biscornu, mal défini, mais que les partis au pouvoir vont reprendre à leur compte, comme pour revendiquer le caractère non-orthodoxe des mesures mises en oeuvre. 

Il faut dire qu’après trois ans de coupes budgétaires, qui se traduisent par une hausse sans précédent de la pauvreté et une émigration massive, la nouvelle majorité mise sur une politique visant à stimuler la demande intérieure. Le salaire minimum est relevé, les minimas sociaux élargis et les impôts sur les classes moyennes allégés.

Une politique de relance

Lisbonne mise aussi sur la relance de l’investissement privé. Le gouvernement a baissé pour cela les cotisations sur les petites entreprises, tout en favorisant la montée en gamme de son industrie, notamment dans le secteur textile. 

Secteur qui renaît de ses cendres après avoir été particulièrement touchée, non seulement par la crise de 2008 mais aussi, plus largement, par la fuite des usines textiles vers le Vietnam, l’Inde ou le Bangladesh au tournant des années 1990. Le but aujourd’hui est justement de sortir de ce modèle de production low cost pour conquérir de nouveaux marchés à l’export, sur un segment bien plus haut de gamme.

Le pari portugais est de relancer une activité économique asphyxiée par les réformes de la majorité précédente. Le Portugal réduit son déficit à son plus bas niveau depuis 40 ans et atteint 2,8% de croissance en 2017. 

Consécration suprême de ces bons résultats en matière d’orthodoxie budgétaire, le pays sort en juin 2017 de sa procédure pour déficit excessif dans laquelle se trouvait le Portugal depuis 2009. Bien plus important, le Portugal a réussi, grâce à son programme de relance, à réduire significativement son taux de chômage, qui est passé sous la barre des 8%, alors qu’il culminait à plus de 17% en 2013. 

Un modèle qui n’est cependant pas exempt de critiques

Si le Portugal a su se différencier par les politiques mises en oeuvre, il s’ancre toujours dans une logique de rigueur budgétaire imposée par Bruxelles. Si au premier abord, les résultats économiques du pays semblent donc exceptionnels, on peut cependant relever que les indicateurs employés pour encenser ce modèle restent artificiels et ne rendent compte que d’une amélioration relative de la situation. 

Ainsi la baisse du chômage cache une réalité plus sombre. Nombre des emplois créés sont en réalité des emplois précaires et peu qualifiés dans des secteurs tels que le tourisme, dopés aux investissements étrangers, dont on connaît pourtant la volatilité et la versatilité. Dans le même temps, l’investissement public reste à des niveaux historiquement bas, avec des universités au bord de la faillite et des hôpitaux en manque cruel de personnel. 

Ce prétendu miracle portugais repose donc en réalité sur un mirage. Le Portugal sacrifie ses investissements de long terme pour rembourser une dette qui reste pourtant insoutenable. Le pays reste donc entravé par cette volonté de satisfaire aux exigences de Bruxelles, risquant de voir s’assombrir l’embellie économique de ces derniers mois. 

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