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De l'usage de la grève générale

3 min
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Alors que la France est traversée depuis plusieurs semaines par un mouvement de contestation politique et sociale inédit, il est intéressant de voir resurgir ce type de mobilisation, fondé sur la grève et la manifestation de masse.

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. Crédits : AFP

Alors que la France est traversée depuis plusieurs semaines par un mouvement de contestation politique et sociale inédit, il est intéressant de voir resurgir ce type de mobilisation, fondé sur la grève et la manifestation de masse.

Le mouvement des gilets jaunes semble en effet aux antipodes de ce mode de manifestation à la papa, qui invite ponctuellement adhérents et sympathisants à se rendre dans la rue pour manifester leur opposition à un texte de loi, une fermeture d’usine, une remise en cause de leurs droits.

Il faut dire que le mouvement des gilets jaunes ne combat pas une initiative ou un projet de loi en particulier, mais dénonce, plus globalement, les limites du modèle français en matière économique, démocratique, mais aussi sociale et politique. C’est d’ailleurs ce caractère multiple, insaisissable, des revendications, bien loin des mots d’ordre traditionnels des syndicats, qui a décontenancé une partie des observateurs et de la classe politique.

D’ailleurs les gilets jaunes n’optent pas pour les mêmes stratégies d’occupation de l’espace public. En choisissant de se donner rendez-vous chaque semaine, sans discontinuer, plutôt que de se retrouver pour une manifestation massive et ponctuelle, les gilets jaunes ont élaboré un nouveau mode de contestation politique, dépassant le cadre économique des mobilisations classiques.

S’ils réclament des mesures en matière de travail et de justice sociale, celles-ci ne s’adressent plus à leur patron, au pouvoir économique,  mais directement au président de la République, représentant et responsable en dernier ressort de l’injustice dont ils s’estiment frappés.

Ce ne sont donc plus seulement des travailleurs, mais bien des citoyens qui se mobilisent -parfois pour la première fois- dans le cadre de ce mouvement d’un nouveau genre. Un renouvellement de la sociologie des manifestants qui se traduit aussi dans leurs pratiques de mobilisation.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que ces mobilisations se produisent désormais le weekend. Une information beaucoup moins anecdotique qu’il n’y paraît. Car, traditionnellement les manifestations se passaient en semaine, à l’occasion d’une grève. L’objectif étant alors pour les manifestants-grévistes, non seulement d’exprimer leur point de vue, mais aussi de peser sur l’appareil économique et productif.

Les appels à la grève et les mobilisations militantes se produisaient alors le plus souvent dans le cadre de l’entreprise, par l’intermédiaire des syndicats et des pairs, qui se chargeaient de la cohérence des mots d’ordre et de l’importance des rassemblements.

Or justement, le mouvement des gilets jaunes semble s’être développé, tout à fait en dehors de ces espaces traditionnels de l’entreprise et du syndicalisme. La mise en relation des manifestants se faisant désormais avant tout par le biais des réseaux sociaux et des messageries instantanées. Les cercles de solidarité s’élargissent et la mobilisation ne se produit plus sur le temps de travail mais sur le temps libre.

On peut donc s’interroger sur l’efficacité comparée de ces deux dispositifs, car on a eu tendance à considérer que les manifestations traditionnelles et la grève en particulier étaient des formes de moins en moins efficaces de contestation. Il faut dire que depuis 2006 et les manifestations qui avaient contraint le gouvernement à retirer son projet de CPE, pas un seul mouvement social ne semble avoir porté ses fruits et fait plier le gouvernement.

Pas un seul... jusqu’au mouvement des gilets jaunes qui, en optant pour de nouvelles formes de mobilisation et d’occupation de l’espace public, a réussi à faire reculer le gouvernement et à obtenir certaines avancées, aussi maigres soient-elles.

S’il ne faut pas sous-estimer le rôle joué par la violence, le mouvement des gilets jaunes nous interroge surtout sur la nécessaire adaptation des modes de contestation. Si la grève ne suffit plus et que l’opposition droite-gauche n’est plus opérante, comment retracer des lignes de tension et d’opposition pour un véritable changement social? C’est, l’énigme à laquelle semble vouloir répondre le mouvement des gilets jaune

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