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La navette Big Falcon Rocket d'Elon Musk, qui emmènera le milliardaire Yusaku Maezawa autour de la Lune

Les milliardaires à la conquête de la Lune

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L'exploration spatiale a constitué, au cours du siècle passé, une course à l'innovation et au progrès opposant les deux grandes puissances de l'époque : Etats-Unis et URSS. Un demi-siècle plus tard, l'Etat a laissé la place à de nouveaux acteurs privés, qui se pressent à la conquête de l'espace.

La navette Big Falcon Rocket d'Elon Musk, qui emmènera le milliardaire Yusaku Maezawa autour de la Lune
La navette Big Falcon Rocket d'Elon Musk, qui emmènera le milliardaire Yusaku Maezawa autour de la Lune Crédits : HO / SPACEX / AFP - AFP

Alors que le programme Apollo se voit ressuscité par un biopic de l’astronaute Neil Armstrong, il était intéressant de s’interroger sur ce qu’il reste de cette fièvre d’innovation qui, en quelques décennies, a vu l’homme passer de l’aviation à la conquête de l’espace. Un saut technologique absolument fantastique, quand on pense à l’échelle de l’histoire humaine.

Il faut dire qu’à cette époque, l’innovation spatiale était vue comme un outil de puissance, une marque de suprématie dans la course que se livraient les Etats-Unis et l’URSS pour démontrer l’évidente supériorité de leur modèle. A l’époque, les Soviétiques avaient une avance certaine puisqu’ils avaient été les premiers à envoyer un homme dans l’espace et à effectuer un survol de la Lune.

Il était donc primordial pour les Etats-Unis de laver cet affront en accomplissant un exploit humain, politique et technologique encore plus fabuleux. Poser un homme à la surface de la Lune et le ramener sans encombre vers la Terre.

La conquête de l'espace : un récit collectif pour un imaginaire fédérateur

Un demi-siècle plus tard, les choses ont bien changé. Après avoir atteint leur apogée avec le développement de la mission Apollo, qui a permis à 12 hommes de fouler le sol lunaire, les moyens dévolus à la NASA n’ont cessé de fondre. Les dimensions symbolique et politique n’étant plus suffisantes pour justifier auprès de l’opinion américaine les milliards de dollars investis dans cette course spatiale.

Le budget de la NASA est ainsi passé de près de 4,5% du PIB américain en 1966 à moins de 0,5% aujourd’hui. Clairement l’innovation spatiale ne fait plus partie des priorités américaines pour démontrer sa puissance au reste du monde. La réussite est désormais totalement indexée sur la question de la puissance économique et la capacité à produire de la croissance.

Et c’est désormais à cette fin que sont pensées les logiques de recherche et d’innovation. D’ailleurs ce primat de l’économique sur le politique et cet abandon progressif par les Etats-Unis d’un récit collectif se sont accompagnés d’un retrait progressif de l'Etat fédéral de l’économie. En actant la toute-puissance du marché et des acteurs privés, l'Etat américain a également renoncé à sa capacité à produire un imaginaire collectif, puissant et fédérateur.

Le désengagement de l'Etat

Le rêve est devenu l’apanage des puissances privées. Alors que l’on glorifiait, il y a cinquante ans encore, la dimension héroïque, presque téléologique, de la destinée américaine, comme nation choisie, on encense désormais la trajectoire individuelle de milliardaires-entrepreneurs, qui peuvent se payer le luxe de nous faire rêver par procuration.

C’est ainsi un milliardaire japonais qui devrait être le prochain homme à s’envoler vers la Lune. Il s’agit de l’entrepreneur japonais Yusaku Maezawa, qui a d’ailleurs fait fortune en innovant dans le domaine du prêt à porter puisqu’il propose d’acheter en ligne des vêtements sur mesure, grâce à une série de capteurs qui prennent vos mensurations à distance.

Et bien sûr, il sera porté vers les cieux par le grand gourou de l’innovation technologique, le patron de Tesla, Elon Musk. Celui-ci a effectivement lancé un projet de conquête spatiale intitulé Space X, qui entend à terme, permettre la colonisation d’autres planètes comme Mars.

Un milliardaire et des artistes vers la Lune

En attendant, il offre la possibilité de s’envoler vers la Lune, en échange d’une coquette somme d’argent. C'est ainsi le choix qu’a fait le géant du vêtement, Yusaku Maezawa, en déclarant qu’il embarquerait prochainement à bord de la fusée Big Falcon Rocket… en compagnie d’artistes triés sur le volet.

Et c’est bien l’originalité de ce projet prométhéen : le magnat japonais a expliqué qu’il voulait aller vers la Lune avec des peintres, photographes, sculpteurs et autres danseurs. Ce voyage participerait donc d’une visée esthétique, initiatique presque, qui permettrait à ces créateurs de s’inspirer de cette excursion spatiale pour nourrir leur imaginaire et leur création.

Derrière l’évident effet marketing et publicitaire d’une telle décision, il reste tout de même quelque chose de fascinant, de poétique même, dans le fait de dépenser de telles sommes, sans retour sur investissement, pour le simple bonheur de s’envoyer en l’air

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