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Illustration du Capital par Hugo Gellert

Marx attaque Monsanto

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À retrouver dans l'émission

Le rachat de Monsanto par Bayer vient d'être entériné par la Commission européenne, qui n'y a vu aucun problème de concurrence. Une décision qui ferme pourtant les yeux sur un modèle d'agriculture intensive, dangereux pour la fertilité des sols et que Marx dénonçait déjà dans le Capital.

Illustration du Capital par Hugo Gellert
Illustration du Capital par Hugo Gellert Crédits : Vitaliy Karpov / RIA Novosti / Sputnik - AFP

L'Union européenne vient de donner son feu vert, au rachat du semencier américain Monsanto par Bayer, le géant allemand de la chimie. Après une enquête, habituelle pour ce type de rapprochement, la Commission européenne a simplement demandé à Bayer de vendre une partie de ses activités, afin d’empêcher tout risque de distorsion de la concurrence. Parmi les secteurs concernés, les semences, les pesticides et l'agriculture numérique. 

Et c’est chose faite depuis la semaine dernière avec l’autorisation par la Commission européenne de la vente de ces activités au chimiste allemand BASF, pour plus de six milliards d’euros. "La grande majorité des concentrations ne pose pas de problème de concurrence et sont autorisées après un examen de routine" a ainsi précisé l'exécutif européen dans un communiqué. 

Les colosses de l'agro-industrie

On peut tout de même s’interroger sur le fait de prendre, comme seule variable pour valider un deal d’une telle ampleur, la seule question de la concurrence. Car outre la construction d’un monopole sur des secteurs aussi essentiels, cette fusion pose aussi la question de la toute puissance du modèle d’agro-industrie porté par les deux colosses de la graine. 

Or, dans l’examen par la Commission de ce rapprochement, nulle mention de critères environnementaux, sociaux ou de santé publique, ni d’interrogation sur le renforcement du modèle agricole chimico-industriel. 

On sait pourtant que Monsanto est le promoteur d’un modèle en circuit fermé, dont il est le grand bénéficiaire. Les Monsanto papers ont en effet révélé l’étendue du cynisme des pratiques du semencier américain. Au cœur de leur modèle, le Roundup, herbicide  extrêmement puissant à base de glyphosate. Si puissant qu’il fut longtemps utilisé avec parcimonie car, en tuant les mauvaises herbes, il causait aussi la mort des plantes cultivées. 

Mais à cela, Monsanto trouve la parade en créant des organismes génétiquement modifiés, résistant au Roundup. Pionnier des biotechnologies végétales à la tête d’une armée redoutable de lobbyiste réussit à imposer l’usage couplé de l’herbicide et de ses OGM et en 1996, le taux de glyphosate autorisé par les autorités américaines est multiplié par 50. Tout de suite les ventes explosent, rendant le modèle Monsanto incontournable. 

Des agriculteurs captifs du modèle

Les agriculteurs recourant aux graines Monsanto ne peuvent plus ressemer à partir de leurs récoltes. Ils sont contraints d’en racheter à la multinationale, qui aurait même créé une "police des semences" pour traquer les paysans semant ou échangeant illégalement les graines qu'ils récoltent.

Mais au-delà du cercle vicieux dans lequel tombent les agriculteurs, se pose aussi la question des conséquences d’un tel modèle sur l’environnement. Ainsi l'intensification des pratiques agricoles et le déversement de  millions de litres de pesticides et d’herbicides est à l’origine d’une perte de matières organiques, un appauvrissement des sols et une baisse de la biodiversité.

Une critique prémonitoire de Marx

Karl Marx s’est en effet inspiré des travaux du chimiste allemand Justus von Liebig - dont vous avez d’ailleurs parlé tout à l’heure – et qui présentent l’agriculture comme un système de vol car les fermiers, cherchant un profit maximum, font absorber autant de nutriment que possible au sol, pour en améliorer le rendement. 

Mais cela ne tient que sur le court terme car, en négligeant la reconstitution naturelle des nutriments, le sol s’épuise, laissant aux générations futures d’infertiles cultures. Repris par Marx dans le Capital, cette analyse semble aujourd’hui prophétique, tant elle annonce les dérives de l’agro-industrie.

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