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"Grand Débat" : les conclusions contestables du gouvernement

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Le gouvernement affirme que seuls 10% des Français seraient favorables à un rétablissement de l'ISF. Un chiffre pour le moins contestable que le gouvernement utilise pourtant pour légitimer sa politique.

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. Crédits : AFP

Depuis quelques jours, le Premier ministre et les membres du gouvernement se multiplient sur les plateaux télé pour rendre compte des résultats du « grand débat ». Et il semblerait -oh miracle- que ces résultats viennent conforter la politique du gouvernement. Ainsi, un dixième à peine des Français se seraient prononcés pour un rétablissement de l’impôt sur la fortune.

De la même manière, le Premier ministre a tenu à saluer, lors de sa prise de parole au Grand Palais, la grande lucidité des Français, conscients de la nécessité de réduire les dépenses publiques. En clair, les Français seraient favorables à la politique menée par le gouvernement. N’en déplaise aux quelques gilets jaunes qui continuent de troubler la bonne marche du pays et de la réforme.

Pourtant, les résultats présentés du Grand débat sont jugés problématiques par un certain nombre d’observateurs. Il faut dire que les questions posées, ainsi que leur formulation étaient pour le moins orientées, faisant disparaître la question de l’ISF tout en laissant largement transparaître l’idée selon laquelle une baisse des impôts passerait nécessairement par une baisse des dépenses publiques. 

Ainsi, sur les onze questions relatives à la fiscalité, neuf étaient des questions fermées ne mentionnant pas l’ISF. Les deux autres, des questions d’ordre général. Le gouvernement a donc beau jeu de brandir le peu de contributions concernant l’ISF après l’avoir sciemment écarté des questions posées.

On rappelera tout de même qu’un récent sondage réalisé par OpinionWay sur un panel représentatif des Français, confirme qu’une très large majorité des Français est favorable à un rétablissement de l’ISF. 71% pour être précis. Bien loin, donc, des 10% brandis par le gouvernement comme argument d’autorité.

C’est d’ailleurs l’autre critique formulée à l’encontre des résultats du grand débat : ils ne seraient ni exhaustifs ni représentatifs. Ils devraient donc être considérés comme tels. Ainsi, il est important de rappeler que lorsque le gouvernement dresse les conclusions du grand débat, il se fonde uniquement sur les contributions en ligne, soit environ 500 000 personnes : pas exactement de quoi prétendre à une forme d’exhaustivité ou de représentativité. D’autant qu’il est important de regarder concrètement qui a participé à cette consultation en ligne.

Ainsi, les données transmises par l’institut OpinionWay, en charge de l’analyse des contributions, sont on ne peut plus claires : ce sont avant tout les habitants de grandes métropoles comme Lyon ou Paris qui se sont exprimés quand les zones rurales sont largement sous-représentées dans cette consultation. En clair, une sociologie de participation bien plus proche de l’électorat de Macron que du cœur des gilets jaunes...

Le Premier ministre a lui-même admis, lors de son discours, que la synthèse de la consultation n’avait pas pour ambition d’être exhaustive. Il a ainsi rappelé qu’il était « difficile de résumer par un discours les millions de mots et les milliers d’idées exprimées », ajoutant que toute synthèse, quel que soit son format, paraîtrait toujours un peu réductrice. Une précaution oratoire que l’on aurait donc pu saluer si elle n’avait rapidement cédé le pas à une longue série de généralités sur la volonté des Français. Ainsi, Edouard Philippe ne parle plus des participants à la consultation en ligne, mais bien des Français dans leur ensemble. Difficile dans ces conditions de ne pas voir l’usage éminemment politique qui est fait de cet exercice.

Dans un basculement sémantique habilement orchestré, le Grand débat ne sert plus d’instance de dialogue et de concertation mais bien d’outil de validation et de légitimation de la politique mise en œuvre par le gouvernement. Les Français s’étant désormais exprimés, toute contestation de la ligne choisie reviendrait à une forme de déni de démocratie. En clair, circulez y’a rien à voir. Pas sûr néanmoins que cette parodie de démocratie suffise à convaincre les Français, que leur voix a été écoutée. 

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