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Centre d'écoute en Allemagne

Publicité sur mesure, téléphones sur écoute

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Sommes nous tous écoutés par nos téléphones, y compris lorsque nous ne les utilisons pas? Cette théorie, qui semble tout droit sortie d'un mauvais film de science fiction, n'est pourtant pas si éloignée de la réalité. Alors que peut-on en penser?

Centre d'écoute en Allemagne
Centre d'écoute en Allemagne Crédits : Joerg Koch - Getty

C’est une discussion que vous avez probablement déjà eue, avec des amis ou à la machine à café : vous en êtes sûr, votre téléphone vous écoute. D’ailleurs, c’est la seule explication rationnelle. Vous n’avez jamais fait de recherche sur internet, concernant ce voyage aux Maldives dont vous rêvez depuis des semaines. 

En revanche, vous en avez parlé, longuement. Évoquant avec une amie, les plages de sable fin et les cocktails au bord de la piscine. Non pas au téléphone, ni par message, non non, simplement à la terrasse d’un café entre deux conversations anodines sur le travail et le temps qu’il fait. 

Et pourtant, quelques heures plus tard, vous consultez votre téléphone, vous vous connectez sur facebook, et vous trouvez des offres, toutes plus alléchantes les unes que les autres, pour des hôtels de rêve au coeur de l’Océan indien. C’est donc certain, votre téléphone vous écoute.

Tous sur écoute?

Le problème c’est qu’il est très difficile d’apporter une réponse définitive à une question qui semble tout droit sortie d’un épisode de la série d’anticipation Black Mirror. Sur internet, première source d’information du chercheur amateur, les réponses sont multiples et contradictoires et surtout, aucune ne semble fournir de preuve tangible, indiscutable. 

Bien entendu, les dirigeants de Facebook ont nié, à plusieurs reprises, écouter leurs utilisateurs sans leur consentement. En juin 2016, la firme de Palo Alto a même publié un communiqué dans lequel elle affirme, je cite, que “Facebook n’utilise pas le micro de votre téléphone pour ses publicités ou son fil d’actualité”. On ne peut plus clair donc. Pas certain pourtant qu’un tel communiqué suffise à calmer les rumeurs qui enflamment la toile et les terrasses de café. 

On peut d’ailleurs difficilement se satisfaire de la parole du dirigeant de l’une des entreprises les plus opaques au monde dans son usage de nos données personnel. Il fallait donc mener l’enquête. 

Des éléments déclencheurs

Ce qu’a fait le journaliste Sam Nichols pour le site d’information Vice. Il a en tout cas mené une expérience, afin de vérifier la véracité d’une théorie qui le taraudait depuis des années. Il a ainsi interrogé un consultant en sécurité numérique, qui lui a expliqué qu’effectivement, nos téléphones pouvaient écouter et enregistrer nos conversations, à condition de détecter une phrase, un élément déclencheur. 

Le journaliste a donc tenté l’expérience en répétant, plusieurs fois par jour, des phrases pouvant théoriquement servir de déclencheur, donc. Et pour lui, aucun doute : il commençait dès le lendemain à recevoir des publicités ciblées sur son téléphone. Publicités qu’il n’avait jamais vues auparavant.

Si les entreprises du numérique assurent ne pas se servir de nos données vocales, on sait cependant qu’elles en ont la possibilité technique. Difficile donc de ne pas voir la tentation d’utiliser ces données, disponibles à portée de micro...

Des données, vendues au plus offrant?

Le danger pour les utilisateurs étant de voir leurs données vendues aux plus offrant. En réalité, le consultant en sécurité explique qu’en 2018, aucune compagnie ne vend ces données personnelles à des annonceurs. La logique est donc bien plus fine… et plus trouble. Ainsi, au lieu de vendre directement une liste de personnes susceptibles d’être intéressées par un produit, ces entreprises du numérique proposent, contre rémunération, de s’assurer que leurs utilisateurs voient bien la publicité pour ces produits. 

Selon lui, c’est, je cite, “un simple prolongement de la publicité à la télévision. Plutôt que des périodes de grande écoute, ces entreprises se fondent directement sur nos habitudes et nos préférences personnelles”. Une publicité sur mesure pour chacun d’entre nous en somme. 

Plus généralement, les géants du numérique emmagasinent aujourd’hui une somme phénoménale d’informations nous concernant et s’ils jurent pour l’instant de les garder bien au chaud dans leurs immenses fermes de serveurs rien ne nous assure qu’ils ne pourront pas, un jour, les diffuser ou les vendre au plus offrant. Des informations qui peuvent d’ailleurs être captées, aspirées par la NSA, comme l’a révélé Edward Snowden.

Les seuls en mesure de confirmer ou d’infirmer l’usage illégal de ces données personnelles sont d’ailleurs bien souvent les employés de ces entreprises du numérique. Une raison de plus pour défendre et protéger les lanceurs d’alerte, véritables vigies, face à ces nouvelles techniques de ciblage et de propagande généralisées.

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