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Edouard Philippe lors de son premier discours de politique générale

Assurance chômage : les annonces du gouvernement

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Le gouvernement entend durcir les conditions d'accès aux chômage : une décision qui revient à précariser encore les salariés les plus précaires, alors même que le gouvernement a promis de lutter contre le recours abusif aux contrats courts.

Edouard Philippe lors de son premier discours de politique générale
Edouard Philippe lors de son premier discours de politique générale Crédits : AFP

A l’heure où nous parlons, le Premier ministre s’apprête à prendre la parole devant la représentation nationale pour énoncer son discours de politique générale : le second depuis le début du quinquennat. Maintenant que le risque d’une sanction aux élections est passée, l’heure est semble-t-il à l’offensive pour le pouvoir. 

Le gouvernement a en effet laissé fuiter dans le journal Les Echos une partie des annonces relatives à la réforme de l’assurance chômage. Comme le note le quotidien économique, la réforme imposera notamment une dégressivité des allocations au bout de six mois pour les plus hauts revenus. Elle créera également un mécanisme de type bonus-malus afin de pénaliser les entreprises abusant des contrats courts. 

Enfin -et c’est ce qui a provoqué la stupeur de nombre d’observateurs- le gouvernement entend restreindre drastiquement l’accès au chômage en allongeant la durée de travail nécessaire pour débloquer les droits du salarié.

Pour être indemnisé, il faudrait ainsi avoir travaillé l’équivalent de 6 mois sur les 24 précédents, contre aujourd’hui 4 mois travaillés sur les 28 derniers mois. Une différence de taille puisque cela signifie, concrètement,  que les salariés devront travailler plus sur un laps de temps plus court pour ouvrir leurs droits au chômage. Les Echos rappellent néanmoins que la règle voulant qu’un jour travaillé donne droit à un jour indemnisé restera en vigueur. En d’autres termes, pour six mois travaillés, le salarié aura toujours droit à six mois de chômage. Nous voilà rassurés. 

A la demande du gouvernement, l’Unedic, qui pilote les comptes de l’assurance chômage, a élaboré plusieurs scénarios de réforme. Le plus proche de celui retenu par le gouvernement, aurait pour conséquence de priver de leurs droits plus de 236 000 personnes, parmi les plus précaires de notre société.

Le tout pour une économie d’à peine 160 millions d’euros… Une paille dans le budget de l’État, que l’on pourrait par exemple comparer aux 4,5 milliards d’euros accordés aux plus riches avec l’aménagement de l’ISF, ou encore aux 40 milliards accordés chaque années aux entreprises dans le cadre du CICE, et ce, sans la moindre contrepartie.

Cette annonce a notamment surpris les syndicats, car elle n’avait pas été discutée lors des précédentes négociations . Comme le relève Mediapart, cette mesure n’avait pas été présentée aux partenaires sociaux, mais le gouvernement avait prévenu syndicats et représentants patronaux : en l’absence d’accord, le gouvernement reprendrait la main. Après l’échec des négociations de février, c’est donc ce qu’il a fait… quitte à ajouter des éléments qui n’avaient pas été discutés. Mais surtout, il faut rappeler que ces mesures toucheraient en premier lieu les femmes, les jeunes : en somme toutes les victimes du temps partiel subi et des contrats courts. 

Elles toucheraient aussi les salariés les plus précaires, ceux qui enchaînent les petits boulots et peinent à effectuer le nombre d’heures requis. Une récente étude du ministère du Travail rappelle ainsi que dans les secteurs des services, de la construction ou des transports, neuf embauches sur dix ont été signées en CDD et que 80% de ces CDD s’étendent sur moins d’un mois.... leur durée médiane atteignant à peine 5 jours. Les salariés de ces secteurs dits en « surchauffe » pourraient ainsi être les premiers à subir les effets de cette nouvelle réforme de l’assurance chômage. 

Si le gouvernement a annoncé sa volonté de lutter contre cette précarité en imposant un malus aux entreprises recourant trop fréquemment aux contrats courts, il est néanmoins surprenant que le corollaire de cette décision soit d’affaiblir ceux qui sont déjà les plus précaires des salariés. 

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