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"Le Roi lion"

"Hakuna Matata" : mais quel fric magnifique

3 min
À retrouver dans l'émission

Popularisée par Disney, la phrase "Hakuna matata" signifie "pas de souci" en swahili, langue parlée par plus de 150 millions de personnes en Afrique de l'Est. La firme américaine a pourtant décidé d'en faire sa propriété en déposant une marque, interdisant de fait l'usage de ces mots par certains.

"Le Roi lion"
"Le Roi lion" Crédits : Disney Junior - Getty

« Hakuna Matata » : une phrase magnifique que le groupe Disney a décidé de confisquer en enregistrant en 2003 une marque pour l’impression textile. En clair, toute entreprise voulant imprimer la fameuse phrase sur un t-shirt, doit d’abord obtenir l’accord de la firme américaine, sous peine de poursuites.

Le problème,  comme nous le rappellent Timon et Pumbaa, c’est que cette expression a une signification bien réelle, dans une langue, elle aussi, bien réelle. Hakuna matata signifie « sans souci » en swahili, la langue la plus parlée en Afrique de l’Est, avec près de 150 millions de locuteurs. Le swahili est même la langue officielle de plusieurs pays comme le Kenya, la RDC ou l’Ouganda.

« Sans souci », « pas de problème »... En revendiquant la propriété intellectuelle d’une phrase aussi banale, utilisée au quotidien par des millions de personnes, la firme américaine s’est donc lancée dans un exercice périlleux de privatisation du langage, sans le moindre égard pour la langue et les personnes concernées.

Une appropriation colonialiste même, pour Shelton Mpala, militant canado-zimbabwéen qui a lancé une pétition dénonçant ce vol de culture et d’identité par la firme américaine. Une pétition qui a récolté plusieurs dizaines de milliers de signatures, dénonçant l’exploitation culturelle et la violence symbolique d’une telle action.

En réalité, au-delà des problèmes politiques et culturels évidents que pose une telle capture du langage par Disney, la firme américaine s’est spécialisée dans cette pratique de privatisation par le droit de ses productions, même quand il s’agit d’éléments bien connus de la culture populaire.

La fameuse souris, emblème de la marque, est elle-même l’objet d’une bataille acharnée depuis près de 90 ans. Il faut dire que la marque déposée « Mickey » rapporte à la firme près de 6 milliards de dollars par an. Mais au-delà de cette manne financière indéniable, la figure stylisée de Mickey -ces trois cercles qui ornent la plupart des produits dérivés- est devenue un outil d’influence sans équivalent. Ainsi 98% des enfants de 3 à 11 ans dans le monde connaissent aujourd’hui cette image familière. Soit plus que le Père Noël et ses beaux habits rouges Coca-Cola.

Une puissance symbolique phénoménale que l’entreprise entend donc préserver à tout prix. Craignant de perdre le contrôle de ce signe absolu de son empire, la firme américaine a multiplié depuis sa création les démarches et batailles de lobbying pour rester la seule détentrice des droits sur Mickey Mouse. 

Des droits qui auraient dû tomber dans le domaine public depuis 1984. A l’époque où Walt Disney dépose la marque Mickey, en 1928, la loi américaine est on ne peut plus clair : les copyrights ne sont censés durer que 56 ans. 1984 donc. Mais la firme Disney, déjà bien implantée à l’époque, en décide autrement. 

Déployant une stratégie d’influence sans précédent, l’entreprise californienne réussit à faire passer cette durée à 75 ans, afin de s’aligner sur les règles européennes. A la fin des années 1990 le même problème se pose et Disney se lance dans une nouvelle croisade pour protéger sa poule aux œufs d’or.

La firme obtient cette fois de porter la durée du copyright à 95 ans. Une stratégie qui n’est pas cependant pas gratuite puisque l’on estime que Disney aurait dépensé depuis 1997 près de 90 millions de dollars dans cette bataille de l’image. Une paille quand on pense aux milliards que lui rapporte annuellement la figure du rongeur. En 2023, Mickey devrait enfin devenir libre de droit, à moins que le Congrès ne s’y oppose à nouveau...

Une farce particulièrement ironique quand on sait que l’entreprise a fait son miel de dizaines de contes et de personnages libres de droit, à commencer par les contes de Grimm, Cendrillon, Raiponce ou encore Blanche-Neige. La Reine des neiges tirée du conte d’Andersen a rapporté, quant à elle, près d’1,5 milliards de dollars à la firme... mais comme le disait Timon dans son chef-d’oeuvre d’animation : « Hakuna Matata ».

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