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Pesticides, insecticides et bis repetita

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Alors que la ministre des Outre-mer a annoncé une aide de 5,4 millions d'euros pour lutter contre le chlordécone, le journal Le Monde dévoile un nouveau scandale lié à l'utilisation d'un autre pesticide : le chlorpyrifos.

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. Crédits : AFP

La décision de la ministre des Outre-mer de débloquer une aide de 5,4 millions d’euros pour lutter contre le chlordécone aux Antilles. On rappellera que le chlordécone est un pesticide utilisé pour lutter contre les charançons, notamment dans les bananeraies, mais qui est surtout soupçonné d’être responsable d’une explosion des cancers sur les îles françaises. Alors que plus de 90% de la population de la Guadeloupe et de la Martinique est contaminée par ce pesticide, les deux îles connaissant le plus fort taux de cancer de la prostate au monde.

Pourtant la toxicité de ce produit est connue de longue date : il est classé dès 1979 comme cancérogène probable par l’OMS et reconnu comme neurotoxique et reprotoxique : en clair il s’attaque au cerveau et aux capacités de reproduction de l’homme.

Il faut pourtant attendre onze ans, onze longues années, pour que le produit chimique soit interdit en France… métropolitaine. A grand renfort de dérogations, signées par les ministres successifs de l’Agriculture, il ce n’est que trois ans plus tard, en 1993, que le chlordécone est interdit aux Antilles.

On retrouve désormais le pesticide à peu près partout dans la nature. Le poison s’est propagé, infiltré, dans la terre, a contaminé l’océan et les poissons dedans. Et la particule, ancrée au creux des tissus, serait capable de subsister jusqu’à 700 longues années. Des feuilles à la racine, les plantes ont donc été touchées, et avec elles, les poules, les chiens, les crustacés. Dans cet univers clos, des îles au milieu de l’eau, le chlordécone a fini par tout dévorer.

Et bien entendu, ce sont les plus pauvres qui sont les premiers affectés, car ils s’approvisionnent sur les circuits informels : autoproduction, dons, vente en bord de route. Le plan du gouvernement entend donc renforcer les contrôles et assurer un accompagnement des particuliers et des filières agricoles pour tenter de sortir de cette malédiction.

Mais alors que le gouvernement annonçait ces mesures pour lutter contre la contamination au chlordécone, il semblerait que l’histoire bégaie. Ainsi une enquête du Monde dévoilait la contagion d’un autre pesticide : le chlorpyrifos. « D’abord pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons et chenilles, l’insecticide  se retrouve ensuite dans les oranges, les pommes et la laitue que nous mangeons, et jusque dans l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes ».

Une présence du pesticide qui aurait notamment un effet néfaste sur le développement du cerveau pendant la grossesse. Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondial, le chlorpyrifos a ensuite été modifié pour tuer les insectes en dégradant leur système nerveux. Le problème ce que de nombreux autres animaux sont affectés par cette attaque de leur système nerveux et, parmi eux, les hommes.

Pourtant, comme pour le glyphosate, des efforts sans borne ont été déployés par les industriels pour convaincre la puissance publique du caractère inoffensif de leur produit. Ainsi la demande de renouvellement soumise en 2014 par les producteurs du chlorpyrifos est constituée d’une batterie d’études dont la quasi-totalité a été effectuée ou financée par ces mêmes industriels.

Comme l’explique Le Monde, « c’est en suivant la saga du glyphosate que le public avait découvert, stupéfait, que l’agence européenne de sécurité des aliments faisait confiance à des industriels, qui n’ont aucun intérêt à présenter leur produit sous un jour désavantageux ». Ainsi, depuis le début des années 2000, l’évaluation de la toxicité du pesticide se serait appuyée sur une seule et même étude confidentielle aux conclusions erronées. Et jamais, en près de vingt ans, l’étude n’a fait l’objet d’une réévaluation.  

La Commission européenne décidera pourtant du sort de l’insecticide en fonction des conclusions de l’Agence, attendues dans quelques semaines. Heureusement, cette dernière a assuré avoir pris en compte les analyses contradictoires et ne devrait pas renouveler l’autorisation du chlorpyrifos. Rien n’est assuré en revanche pour ce qui est du chlorpyrifos-méthyl, petit cousin tout aussi ravageur, pour lequel les données ne seraient quant à elles, pas assez claires. Nul doute qu’on trouvera, dans quelques années, quelques millions d’euros à distribuer pour lutter contre les effets de cette molécule empoisonnée.

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