LE DIRECT
Le Pass Culture, meilleur outil pour découvrir de nouvelles pratiques culturelles?

L'inculture du Pass Culture

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Pass Culture censé "encourager la découverte et la diversification des activités culturelles" des jeunes adultes est cependant critiqué car il offre une myriade d'offres culturelles sans véritable médiation et car les enjeux d'ouverture culturelle se jouent en réalité bien plus jeune.

Le Pass Culture, meilleur outil pour découvrir de nouvelles pratiques culturelles?
Le Pass Culture, meilleur outil pour découvrir de nouvelles pratiques culturelles? Crédits : Bettmann - Getty

Alors que la ministre de la culture déclarait ce matin même sa volonté de combattre les différentes formes de “ségrégation culturelle, afin qu’aucun enfant ne se détourne d’une pratique” car il ne se sent pas légitime, il était intéressant de revenir sur le dispositif que le gouvernement entend placer au coeur de sa politique culturelle.

C’était en effet une promesse du candidat Macron, qui voulait faire de cette mesure le fer de lance d’une politique de “découverte et de diversification des pratiques culturelles des jeunes” -selon les mots du gouvernement- mais qui soulève en réalité un certain nombre de questions et de critiques quant au périmètre des activités et des pratiques proposées. 

Une myriade d'offres culturelles

Il faut dire que ce pass culturel se matérialise sous la forme d’une application aux contenus très variés. Une richesse des offres d’ailleurs revendiquée par la ministre qui insistait sur la nécessité de proposer un choix pour tous les profils, récusant toute forme de “_snobisme culture_l”, je cite. 

Les 500 euros offerts sur ce pass à tous les jeunes entrant dans la vie adulte permettront donc de découvrir une myriade de contenus et de pratiques culturelles, allant des sorties au théâtre ou au cinéma, aux jeux vidéos et aux abonnements musicaux en passant par les sorties dites culturelles, comme une semaine d’archéologie ou la découverte d’un métier d’art. 

Une liste enthousiasmante, qui se veut en effet le reflet de la richesse de l’offre culturelle proposée sur l’ensemble du territoire français. Mais le dispositif, qui sera notamment proposé sous la forme d’une application pour téléphone portable, soulève un certain nombre de questions, tant il semble épouser parfaitement le glissement actuel du choix et de l’éclectisme vers la facilité du zapping automatisé. 

Un dispositif sur le modèle des applis de rencontre

Le dispositif reprend d’ailleurs tous les codes de l’application de rencontre.Les jeunes adultes qui utiliseront ce pass culturel verront ainsi défiler des offres affichant une “image-émotion” censée “réveiller votre désir”, selon les mots mêmes du ministère de la culture, ainsi qu’une distance et un prix. Si votre curiosité -ou votre réflexe primitif en l’occurrence- est éveillée par cette “image émotion”, vous pourrez alors pousser l’offre vers le haut pour avoir plus d’information. Dans le cas contraire, glissez l’image vers la gauche pour faire disparaître la proposition. 

Le problème c’est que sur les applis de rencontre, la place laissée à la découverte, au tâtonnement est assez fine. Les utilisateurs passent rapidement sur des profils qu’ils identifient en une fraction de seconde comme correspondant, ou non, à un désir, un intérêt. Le risque est donc immense de se ruer directement vers les signaux familiers.

Et c’est la même critique qui est adressée au dispositif du gouvernement. Lancés dans la multitude des offres culturelles, sans le moindre travail de médiation ou de prescription, les jeunes bénéficiaires risquent de se diriger immédiatement vers ce qui leur parle. Laissant de côté toute une foule de découvertes, perdues dans la masse de pratiques plus lointaines.

L'effet Star Wars

Des acteurs du monde de la culture s’étaient émus du fait que l’on propose, sur le même plan, des initiations culturelles chez des acteurs indépendants et des places pour aller voir le dernier blockbuster au cinéma. D’autres leur répondant qu’il était absurde de disqualifier une pratique culturelle sous prétexte qu’elle ne correspondrait pas aux codes d’une élite intellectuelle autoproclamée. 

Répondant à ces critiques, le ministère a d’ailleurs précisé que l’algorithme du pass culture favoriserait les propositions émanant d’acteurs publics et indépendants, afin de ne pas laisser un boulevard absolu aux géants du numérique et du divertissement. Une affirmation qu’il conviendra toutefois de contrôler, quand on sait que le projet, chiffré à 500 millions d’euros devrait être financé à 80% par le secteur privé, avec une très forte représentation des géants du numérique.

Mais il convient aussi de rappeler que si l’objectif affiché du gouvernement est effectivement de lutter contre la “ségrégation culturelle” qui sévirait en France, c’est bien avant l’entrée dans la vie adulte qu’il faudrait agir. Seule une véritable éducation artistique et culturelle, offerte dès le plus jeune âge, par le biais de l’école notamment, permettrait d’éveiller la curiosité des plus jeunes à des pratiques diverses, issues ou non de la culture bourgeoise. 

L’école comme terrain d’expérimentation, comme espace d’ouverture pour que les enfants se familiarisent non seulement avec l’univers de Molière, mais aussi celui de Star Wars. Un joyeux tâtonnement qui aurait d’ailleurs pu être possible avec le réaménagement des rythmes scolaires, si le gouvernement avait pleinement donné aux acteurs de terrain, les moyens de cette ambitieuse politique d’ouverture culturelle. 

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......