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Aéroports de Paris : la privatisation c'est le vol

3 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement entend privatiser trois entreprises tout à fait profitables, parmi lesquelles la société Aéroports de Paris. Une décision, contre toute forme de rationalité économique ou pratique, qui a pour le moins de quoi nous interroger.

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. Crédits : AFP

Alors que l’Assemblée nationale et le Sénat doivent s’accorder aujourd’hui sur le sort d'Aéroports de Paris, Engie et Française de jeux entreprises que l'État entend vendre au plus offrant. Les deux chambres ayant des avis contradictoires sur le sujet, il y a fort à parier que ce sera le Palais Bourbon qui aura le dernier mot sur cette épineuse question. 

D’autant que le gouvernement, par la voix de son ministre des Finances, n’a cessé d’affirmer que rien ne remettrait en cause ces privatisations. Une vente des bijoux de la couronne française, qui peine pourtant à convaincre, tant la rationalité des arguments avancés semble  contestable.

Il faut dire que l'état entend vendre des entreprises tout à fait profitables. Ces trois sociétés rapportent chaque année entre 700 et 800 millions d’euros. Des profits considérables qui n’ont pourtant pas convaincu l'Etat de les conserver dans son giron. En vendant ces trois entreprises, le gouvernement entend récolter 15 milliards d’euros, dont cinq seraient alloués à la réduction de la dette. 

Une stratégie qui laisse songeur quand on sait que celle-ci s’élève aujourd’hui à près de 2300 milliards d’euros. Difficile de voir la différence que feront ces cinq milliards, qui nous font perdre, dans le même temps, trois sources de revenus stables pour l’Etat. 

Enfin, les dix milliards restant seraient utilisés pour créer un fonds d’investissement dit « de rupture », qui ne rapporterait chaque année à l’Etat que 250 millions d’euros. Bien loin des 800 millions actuels … Il est donc pour le moins curieux de voir l'État brader des infrastructures de premier plan, pour créer un fonds d’investissement à risque, qui plus est moins rémunérateur. 

Les opposants au projet pointent d’ailleurs le caractère stratégique des entreprises que le gouvernement entend vendre. A commencer par la société Aéroports de Paris, autrement appelés ADP, qui concentre aujourd'hui de 80% du trafic aérien avec l’étranger et détient donc des infrastructures particulièrement stratégiques, que certains juristes qualifient même d’intérêt public.  

Un argument qui n’a manifestement pas suffi à convaincre le gouvernement qui a décidé de s’en séparer selon des procédés pour le moins curieux : il a en effet choisi de transformer la société en concession, exploitable pendant 70 ans. 

Outre le caractère exceptionnellement long de cette concession, le gouvernement a également décidé qu’en procédant de la sorte, il était de son devoir d’indemniser les actionnaires minoritaires. Le gouvernement s’apprêterait donc à payer pour vendre l’un de ses biens. Une situation sans précédent. 

Un système qui permettrait néanmoins au gouvernement de racheter la société au bout de 70 ans. Sur le papier pas de problème donc. Mais comme l’explique la journaliste de Mediapart, Martine Orange, « le risque est que l'état doive débourser des sommes gigantesques à la fin de la concession ». Au vu des finances de l'État, il y a donc de fortes chances qu’il reconduise la concession plutôt que de la racheter. « C’est donc une concession à perpétuité pour le privé qui risque de se mettre en place, ajoute la journaliste ».   

La décision du gouvernement de privatiser ces entreprises semble donc incompréhensible tant elle défie toute forme de rationalité économique et pratique. A moins que, comme le formule le journaliste économique, Christian Chavagneux, la raison ne soit beaucoup plus simple, banale même : une volonté de remplir les poches de quelques entrepreneurs privés et amis. 

Des soupçons qui ont en tout cas de quoi nous interroger quand on sait que, par dessus le marché, la banque qui a conseillé le gouvernement dans cette délicate opération, est dirigée par nul autre qu’un proche du président de la République. Un proche qui fut, lors de la campagne présidentielle, en charge de la levée et de la collecte de fonds pour le candidat Macron. 

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