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Une manifestante contre l'enfermement de mineurs migrants aux Etats-Unis

Les enfants perdus d'Amérique

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Aux Etats-Unis, le renforcement de la lutte contre l'immigration illégale a entraîné l'enfermement de près de 2000 enfants, placés en détention loin de leurs parents. Un scandale aggravé par la "perte" par les autorités américaines de 1500 mineurs suite à leur placement dans des familles d'accueil.

Une manifestante contre l'enfermement de mineurs migrants aux Etats-Unis
Une manifestante contre l'enfermement de mineurs migrants aux Etats-Unis Crédits : JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

Désormais, toutes les personnes franchissant illégalement la frontière états-unienne seront poursuivis au pénal et placés en détention provisoire, qu’ils soient seuls ou accompagnés de leurs enfants. 

Et c’est là que cette directive, qui aurait pu être perçue comme une énième décision inique du président américain, commence à faire du bruit. Car cette décision entraîne, de facto, une séparation des parents et de leurs enfants qui ne peuvent aller en prison et finissent donc dans des centres de rétention pour mineurs. 

Comme en témoigne Associated Press, les migrants sont ainsi amenés dans des “centres de traitement”, comme celui de McAllen au Texas, puis sont “triés” en fonction de leur situation : adultes seuls, parents et enfants, ou mineurs non accompagnés. Les enfants sont alors placés dans des cages en métal, qui peuvent contenir jusqu’à une vingtaine d’enfants. Leurs parents sont envoyés vers des prisons fédérales. 

"Si vous ne voulez pas que votre enfant soit séparé, ne l'amenez pas illégalement à la frontière"

Jusqu’à présent, les autorités privilégiaient des poursuites civiles et relâchaient les personnes migrantes en leur assignant une citation à comparaître, permettant ainsi d’éviter les drames que l’on a connu ces dernières semaines. 

Dans une sortie particulièrement cynique, le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a pour sa part déclaré : "Si vous faites passer un enfant en contrebande, nous allons vous poursuivre, et cet enfant sera probablement séparé de vous, comme l'exige la loi. Si vous ne voulez pas que votre enfant soit séparé, ne l'amenez pas illégalement à la frontière."

Ce sont ainsi près de 2000 mineurs qui ont été séparés de leurs parents entre le 19 avril et la fin du mois de mai, avec des centres de rétention pour mineur qui ont atteint 95% de leur capacité d’accueil selon la porte parole du Département de la Santé et des Services sociaux. 

Tolérance zéro face à l’immigration 

Oui et dans cette quête effrénée pour apparaître le plus ferme et intraitable possible, toute forme d’humanité est passée à la trappe. On a ainsi eu le témoignage sur les réseaux sociaux, d’un enfant de 18 mois, violemment séparé de ses parents à la frontière mexicaine par les forces de l’ordre. 

Cette loi et son application rigoriste, sont en réalité brandies par le pouvoir trumpien comme une arme d’ordre symbolique pour tarir le flux d’immigrés : le fameux mythe de l’appel d’air, bourrasque bien connue des nationalistes-conservateurs, qui pousse hommes, femmes et enfants sur les routes de l’exil.  En agitant cette menace d’une séparation des enfants et de leurs parents, le président Trump entend affirmer sa volonté d’airain sur un sujet particulièrement sensible pour son électorat. De l’usage des prisons comme une arme politique.

1 500 enfants égarés

Oui, car la polémique ne s’arrête pas là. Il semblerait en effet que les autorités états-uniennes aient perdu la trace, entre octobre et décembre 2017, de près de 1500 mineurs, censés avoir été placés dans des foyers d’accueil. C’est en effet ce qu’a avoué un fonctionnaire américain, lors d’une audience face aux membres du Sénat américain. 

Lorsqu’ils sont placés en rétention, les enfants peuvent en effet sortir si un membre de leur famille ou un proche accepte de les prendre en charge. Il est donc possible que ces familles d’accueil ne souhaitent pas interagir avec les autorités américaines, notamment si elles accueillent ou protègent d’autres sans-papiers, et ne donnent donc pas suite aux appels des agents du service de l’immigration. 

Mais il est également possible que certains enfants soient tombés entre les mains de trafiquants, ce qu’avait d’ailleurs admis le département de la Santé en 2014, avouant des défaillances dans les procédures de protection des enfants. Si ces évènements sont antérieurs à la décision de Trump, on peut toutefois s’inquiéter du nombre d’enfants perdus parmi les victimes de cette nouvelle chasse à l’homme.

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