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Les ravages de la déforestation, causée par la plantation de palmiers à huile

Les faux-semblants de l'agrocarburants

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Derrière leur image économique et écologique, les agrocarburants sont en réalité une source importante d'émissions indirectes de gaz à effet de serre. Produits en grande partie à base d'huile de palme et de soja, ces agrocarburants on un impact très important sur la déforestation au niveau mondial.

Les ravages de la déforestation, causée par la plantation de palmiers à huile
Les ravages de la déforestation, causée par la plantation de palmiers à huile Crédits : Getty

Alors que la hausse de la fiscalité sur le diesel et l’essence provoque l’incompréhension et la colère que l’on sait, certains sont tentés de présenter ces carburants, produits à partir de matériaux organiques tels que le colza ou l’huile de palme, comme une solution miracle, économique et écologique.

Il faut dire qu’outre l’image verte dont ils bénéficient, ces carburants présentent l’avantage d’être très bon marché. Le bioéthanol coûte ainsi 50 à 60 centimes d’euros le litre à la pompe, soit trois fois moins que l’essence classique.

Un avantage écologique qui ne serait pourtant qu’une illusion selon Greenpeace. Pour l’association de défense de la nature et de l’environnement, se tourner vers les biocarburants ne ferait en réalité que déplacer le problème. L’association récuse d’ailleurs l’emploi du terme « biocarburant », volontairement porté par les industriels pour véhiculer cette image écolo et préfère parler d’agrocarburants, qui indique bien l’origine agricole de ces produits. 

Car c’est bien là que le bât blesse. Comme le souligne Greenpeace, les fabricants d’agrocarburants ne prennent en compte que les émissions directes liées à l’utilisation des véhicules. Or il faut également intégrer les émissions indirectes, liées au changement d’affectation des sols.

En clair, la déforestation et la destruction de prairies pour planter du soja ou des palmiers réduisent la capacité de stockage naturel du CO2. Il n’y a donc pas de baisse des émissions de gaz à effet de serre, mais bien un transfert et parfois même une hausse de ces émissions. Ainsi les biodiesels émettraient 4% de plus que le diesel ou l’essence, soit l’équivalent de 12 millions de voitures supplémentaires sur les routes européennes en 2020.

Le biodiesel à base d’huile de palme serait même trois fois plus polluant que le diesel fossile. En cause, toujours, les ravages de la déforestation liés à l’exploitation des palmiers à huile, en Asie du Sud Est notamment. Or bien loin de chercher à réduire le recours à l’huile de palme, le gouvernement tergiverse sur cette question.

En atteste le désordre, il y a deux jours, lors de l’adoption d’un amendement visant à exclure l’huile de palme de la liste des agrocarburants, contre l’avis du gouvernement. Ce dernier a tenu à rappeler l’importance des enjeux en termes d’emploi liés à l’exploitation des agrocarburants en France.

Il faut dire que cette question est devenue particulièrement sensible avec l’autorisation donnée au groupe Total d’exploiter la bioraffinerie de La Mède. Le géant français s’est ainsi donné pour objectif de produire 500 000 tonnes de biodiesel par an. Une transformation qui signifierait l’importation de 300 000 tonnes d’huile de palme et nécessiterait l’embauche de près de 250 personnes.

La logique est donc toujours la même : on se lance dans des projets socialement ou écologiquement insoutenables, avant de brandir l’argument économique d’autorité pour empêcher tout retour en arrière. On rappellera toutefois qu’entre 1990 et 2015, la superficie forestière mondiale a été réduite de 130 millions d’hectares, soit l’équivalent de deux fois la superficie de la France.

Le gouvernement vient pourtant de présenter une stratégie de lutte contre la déforestation importée. Cette stratégie vise explicitement à réduire la déforestation causée par nos « importations de produits forestiers ou agricoles non durables ». Le problème, comme l’expliquent les associations, c’est que le document ne contient que des mesures incitatives et non contraignantes, visant à modifier les comportements.

Il prévoit ainsi la mise en oeuvre d’une plateforme nationale de lutte contre la déforestation, qui aura la mission d’élaborer un nouveau label pour aider les consommateurs dans leurs choix. Des impératifs contradictoires et un changement fondé sur la bonne volonté des acteurs privés qui inquiètent les associations qui voient dans ces décisions, les palmes de l’hypocrisie.

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