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Portugal : les drogues ne font plus la morale

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Le Portugal a décidé, en 2001, de dépénaliser l'usage de toutes les drogues. Une décision qui a conduit à la baisse drastique du nombre de toxicomanes car elle a permis, en cessant de les considérer comme des criminels, à les replacer dans des logiques d'accompagnement et de soin.

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. Crédits : Getty

Le Portugal a décidé de dépénaliser l'usage de toutes les drogues, de l’ecstasy au cannabis, en passant par  le crack, la coke et l’héroïne. C’est donc une décision très ambitieuse qui a été prise par le Portugal et qui semble aujourd’hui porter ses fruits.

Il faut dire que la drogue était devenue un enjeu de santé publique particulièrement urgent dans ce pays.Entre 1975 et le tournant des années 1990, la péninsule lusitanienne et particulièrement sa capitale, Lisbonne, étaient ravagés par l’omniprésence de la drogue et notamment de l’héroïne. Selon un rapport de l’Observatoire européen des drogues 1% des portugais étaient, en 1999, dépendants à l’héroïne, soit plus de 100 000 personnes. Sans parler des consommateurs occasionnels et des accrocs à d’autres substances.

La réponse du pouvoir portugais a donc été, dans un premier temps, d’étendre et de renforcer la répression sur les consommateurs en leur infligeant de sévères peines de prison. A la fin des années 1990, les cellules portugaises étaient ainsi remplies pour moitié de détenus issus de cette guerre à la drogue.

De fait, comme le rappelle un article du quotidien El Espanol, repris par Courrier International, les toxicomanes n’osaient plus, dans ce cadre, demander un traitement médical, par crainte de sanctions judiciaires.

Pourtant en 2000, la majorité socialiste au pouvoir, décide de prendre le contre-pied de cette politique pour favoriser l’accompagnement et le soin des toxicomanes. Ce qui était jusqu’alors considéré comme un problème judiciaire, pénal et donc, in fine, moral, devient véritablement un enjeu de santé publique. Le délit de consommation est transformé en infraction administrative. Le deal reste, quant à lui, passible de poursuites et de prison.

Concrètement, cela signifie qu’une personne trouvée en possession de plus de dix jours de consommation sera considérée comme un trafiquant et tombera à nouveau sous le coup de la justice. 

En deçà de ces doses, les usagers seront dirigés vers une « commission dite de dissuasion ». En cas de récidive, cette commission aura à choisir s’ils ont à payer une amende, effectuer un travail d’intérêt général ou être pris en charge par une structure adaptée, de suivi et de soins.

C’est donc un travail au long cours qui est mené depuis près de vingt ans au Portugal. Une politique de fond qui vise non pas à combattre la consommation, individuelle, mais à opérer un véritable changement des perceptions et des représentations. Le toxicomane -qui n’est donc pas l’usager quotidien, récréatif- n’est plus considéré comme un criminel, mais comme un malade qu’il s’agit de prendre en charge et d’aider. 

Une politique qui a d’ailleurs eu d’excellents résultats, puisque depuis sa mise en oeuvre, plus de 40 000 toxicomanes ont été réhabilités et, plus largement, le nombre de consommateurs de drogues est, dans ce pays, l’un des plus faibles d’Europe. A titre d’exemple, il y a 11,7% de consommateurs de cannabis au Portugal contre près de 30% au Royaume-Uni. 2% prennent de la cocaïne, contre 8% en Espagne. 

L’expérience portugaise nous invite donc à repenser la place et le traitement des toxicomanes dans la société. Elle nous conduit aussi à nous interroger sur le jugement que nous émettons à l’encontre des malades, transformés par notre verdict en criminels et en marginaux. 

Comme le disait Foucault, « Le supplice ne rétablit pas la justice ; il réactive le pouvoir ». La sanction pénale du consommateur n’a donc pas pour objectif d’éviter une future prise de drogue, mais bien de réaffirmer le pouvoir des institutions, par la production et la diffusion de normes. 

A rebours, l’expérience du Portugal nous montre la voie d’une prise en charge des malades de la drogue et nous pousse à nous interroger, plus largement, sur la manière dont la société choisit d’exclure ou d’accompagner les habitants de ses marges.

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