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L'actuel Premier ministre japonais, Shinzo Abe

Japon, Italie : une dette à géométrie variable

3 min
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Alors que la dette japonaise s'élève à plus de 240% de son PIB, cette situation ne semble pas inquiéter outre mesure les dirigeants du pays. Il faut dire que cette dette est avant tout détenue par des agents nippons et qu'elle est vue comme une manière de préparer l'avenir.

L'actuel Premier ministre japonais, Shinzo Abe
L'actuel Premier ministre japonais, Shinzo Abe Crédits : Getty

Une dette publique de 240%

La dette publique du Japon était, en 2017, de l’ordre de 240% de son produit intérieur brut, soit plus de 9 000 milliards d’euros. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne risque pas de diminuer dans les années à venir.

Selon un article du Monde, les services du gouvernement se seraient même “amusés”, à simuler jusqu’où pourrait s’envoler cet endettement, estimant ainsi, que si rien ne changeait, il s'élèverait à 600% du PIB d’ici à 2060. Des chiffres qui semblent presque irréels, tant ils renvoient à une forme de démesure, difficile à saisir.

Des chiffres vertigineux qui ne semblent cependant pas alarmer le gouvernement japonais.Cela semble même être le cadet de ses soucis. Ainsi, depuis son arrivée au pouvoir, fin 2012, Shinzo Abe a dépensé des dizaines de milliards d'euros pour financer des travaux publics ou relancer la consommation, les fameuse flèches budgétaire et de croissance des Abenomics dont nous parlions à l’instant.

Et avec le vieillissement de la population japonaise, c’est le budget de la sécurité sociale qui devrait s’envoler dans les années à venir, avec une hausse prévue de près de 700 milliards de yens par an, pour cette seule branche.

Une dette détenue quasi exclusivement par les Japonais

Mais la spécificité de cette dette nippone, c’est qu’elle est détenue quasi intégralement par des agents économiques japonais. La banque du Japon, les institutions financières et les assureurs du pays détiennent ainsi à eux seuls, plus de 83% de la dette japonaise. A peine plus de 6% est détenue par des agents étrangers.

C’est ce qui offre une forme de stabilité à une situation a priori intenable. C’est en tout cas ce qui explique que le Japon n’ait pas à subir les attaques des marchés et des investisseurs étrangers, pris de panique face au risque de ne pas être remboursés. En l’espèce, le Japon continue de se prêter de l’argent à lui-même, avec des taux d’intérêts nuls voire négatifs, sans que personne n’y trouve rien à redire.

Mais au-delà de cet habile artifice comptable, on perçoit aussi l’importance de l’emprise idéologique dans la manière de traiter cette question budgétaire. Si le Japon accepte de voir sa dette s’envoler, c’est aussi parce qu’il la perçoit comme une forme d'investissement de long terme. Dans le même temps, on a vu le sort réservé aux économies du Sud-européen, accusées d’avoir fauté sur l’autel du sacro-saint budget.

Vision idéologique contre vision politique de la dette

En témoignent, les échanges houleux qui ont opposé ces derniers jours, les représentants de l’Union européenne et le nouveau gouvernement italien, sur la question des déficits de la péninsule.

L’Italie s’était en effet engagée à respecter un déficit de 0,8% de son PIB, chiffre qui a triplé avec ce nouveau budget. Et si on peut évidemment s’insurger contre la politique xénophobe et nationaliste du nouveau gouvernement italien, on peut également s’interroger sur le bras de fer qu’il a décidé de mener avec les institutions européennes en ce qui concerne la gestion de sa dette et de ses finances.

Car l’utilisation des deniers publics ne peut être vue comme une abstraction, guidée uniquement par la doctrine inflexible de la réduction des déficits. Une politique économique -qui se manifeste notamment lors de l’élaboration du budget- c’est avant tout quelque chose de concret : c’est ce qui permet de financer les services publics, hôpitaux, écoles et universités. C’est aussi ce qui permet de lutter contre la précarité et les inégalités. 

Au lieu de s’écharper sur les questions idéologiques d’un dérapage plus ou moins acceptable du budget, il serait donc urgent de porter le débat sur l’utilisation concrète de cet argent public. 

Il est en effet étrange de considérer comme un poids supplémentaire, le fait de préparer l’avenir en investissant dans l’éducation ou la transition énergétique par exemple. C’est ce qu’a compris le Japon, en acceptant de creuser ses déficits, comme un pari sur l’avenir, dont il reste à voir s'il sera fructueux. Un regard politique sur la dette, donc. 

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