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Un heure de pointe à deux vitesses

3 min
À retrouver dans l'émission

Une quinzaine d'entreprises de la Défense lancent une expérimentation afin de désengorger les transports en commun aux heures de pointe. Une modulation des horaires qui ne touche cependant qu’une part déjà favorisée des travailleurs du quartier d’affaire.

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. Crédits : Cheoh Wee Keat - Getty

Vous nous parlez aujourd’hui d’une initiative menée en Ile de France, pour lutter contre la congestion des transports publics.Lancée conjointement par la RATP, la SNCF, la Région et l’établissement public de la Défense, cette expérimentation vise à réduire de 5 à 10% le nombre d’usagers dans les transports en commun vers le quartier d’affaires parisien. Alors que 180 000 personnes travaillent chaque jour à la Défense, 100 000 d’entre-elles se retrouvent chaque jour dans les transports entre 8h30 et 9h30. 

Ce sont ainsi près de ¾ des trafics quotidiens qui sont effectués en Ile de France à ces horaires. Le reste du temps, les rames sont « quasi vides » , de l’aveu même de la présidente de région, Valérie Pécresse. Une situation qui ne risque pas de s’améliorer, alors que la population francilienne croît chaque année de près de 60 000 habitants.  

Une quinzaine d’entreprises de La Défense a donc accepté de moduler ses horaires de travail pour permettre une arrivée différée de ses salariés. Quinze des principales entreprises de La Défense, parmi lesquelles Allianz, Axa, Engie ou encore Total, ont ainsi prévu d’étendre les horaires d’arrivée de leurs salariés, avec un socle commun de présence -de 10 à 15h par exemple- et le développement du télétravail et des espaces travail extérieurs. 

Cela permettrait ainsi de laisser une plus grande liberté aux employés dans la gestion de leur emploi du temps : libre à eux s’ils le souhaitent d’arriver plus tard et de partir plus tard ou inversement si cela les arrange. 

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, la Région a même annoncé le lancement d’un « challenge mobilité », sorte de tombola pour jeune cadre dynamique, qui offrira des chèques cadeaux à ceux qui se plieront à cette transformation de leurs habitudes.

Le problème c’est que cette modulation des horaires ne concerne qu’une part déjà favorisée des travailleurs du quartier d’affaire. Si l’on peut évidemment saluer une initiative prise pour améliorer le bien-être de dizaines de milliers de travailleurs, il faut néanmoins relever que cette proposition d’aménagement ne concerne que les salariés de grandes entreprises, pour la plupart des cadres supérieurs habitant à Paris ou en proche banlieue. 

Dans l’angle mort de cette expérimentation, les travailleurs du point du jour, qui arrivent, travaillent et repartent avant que la plupart des employés ne passent le pas de leur entreprise. Pour-eux, point de flexibilité dans les horaires, il faut que le travail soit expédié, terminé à l’heure où les rames de 9h libéreront leur foule sur la dalle de la Défense. 

En réalité cette expérimentation, pour intéressante et innovante qu’elle soit, se fait surtout le révélateur d’une économie à deux vitesses, plus adaptable et fluide, pour les travailleurs des grandes entreprises. Les autres, femmes de ménage et personnel d’entretien, sont relégués aux marges de l’économie et du regard. 

Des travailleurs précaires qui subissent en réalité une double injustice spatiale. Car ces employés habitent bien souvent à la périphérie du centre-ville, mal desservi par un réseau tout entier tourné vers ses pôles d’activité. Un allongement du temps de trajet pour des journées de travail morcelées. 

Des emplois du temps fragmentés et étendus sur de grandes amplitudes horaires, avec des missions à l’aurore et d’autres tard le soir. Des situations encore aggravées par le recours à des prestataires et des sous-traitants, permettant aux grandes entreprises de regarder ailleurs face à des conditions de travail dégradées. 

En réalité, des solutions existent et des villes comme Nantes ont fait le choix de réintégrer ces travailleurs au sein d’une journée classique de travail. Un retour au jour qui permet de redonner une visibilité, une présence, à cette activité d’entretien que l’on s’est trop souvent ingéniés à réduire au secret. 

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