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Rencontre entre le Commissaire européen, Pierre Moscovici, le 3 juillet 2018 et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, le 3 juillet 2018

La liberté conditionnelle de la Grèce

3 min
À retrouver dans l'émission

Après huit ans de mise sous tutelle financière, Athène sort enfin de son troisième et dernier plan dit "de sauvetage". Une apparente bonne nouvelle qui masque en réalité le caractère toxique des remèdes imposés à la Grèce, dont la dette atteint désormais 180% de son PIB.

Rencontre entre le Commissaire européen, Pierre Moscovici, le 3 juillet 2018 et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, le 3 juillet 2018
Rencontre entre le Commissaire européen, Pierre Moscovici, le 3 juillet 2018 et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, le 3 juillet 2018 Crédits : LOUISA GOULIAMAKI / AFP - AFP

Après huit ans de surveillance financière, trois plans dits “de sauvetage” et près de 300 milliards d’euros prêtés à l’économie grecque, Athènes et ses partenaires ont annoncé, mardi dernier, la sortie officielle de son troisième et dernier plan de renflouement. 

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a même choisi un lieu hautement symbolique : l’île d’Ithaque, pour annoncer avec emphase la fin de cette “Odyssée des temps modernes”, selon sa propre expression, et la reprise en main par la Grèce de son propre destin. La métaphore est d’ailleurs assez bien trouvée tant le pays a dû subir, comme Ulysse en son temps, le courroux et les sorts de quelque dieu lointain.

Car tels Athéna et Poséidon, s’opposant sur le sort du héros voyageur, les puissances européennes s’étaient affrontées sur le dénouement de la crise grecque. On se rappelle ainsi de la douloureuse réunion du 21 juin dernier, qui avait une fois de plus acté le fossé entre pays du Nord et du Sud sur les conditions de sortie de la Grèce de sa tutelle financière. Le peuple grec n’avait qu’à attendre que ces augustes négociateurs finissent par s’accorder sur son sort. 

Une situation loin d'être réglée

L’exercice d’auto-congratulation, propre à ce type de réunion, ne masque en réalité que difficilement l’absence de ligne commune au niveau européen. En réalité, cet accord a seulement permis à la Grèce et à ses créanciers de gagner du temps. 

Au lieu de s’atteler sérieusement à la seule question qui compte, à savoir celle d’une restructuration ou d’une annulation complète de la dette grecque, les membres de l’Eurogroupe ont préféré repousser de dix ans la date de remboursement des prêts consentis à Athènes. Et ce, à condition que la Grèce respecte un certain nombre d’engagements de rigueur budgétaire. Une liberté sous condition donc. 

On rappellera que l’effacement total ou partiel de la dette d’un pays est loin d’être sans précédent et qu’à plusieurs reprises dans l’histoire, des Etats ont vu leurs créances annulées, comme un geste politique pour se tourner résolument vers l’avenir. On peut citer la Pologne à l’arrivée au pouvoir de Lech Walesa et même, ironie de l’histoire, l’Allemagne en 1953... Il ne fallait alors pas risquer de mettre en péril le miracle économique de la jeune République fédérale.

La prétendue mansuétude des créanciers, qui ne font que repousser l’inéluctable, confine donc au cynisme quand on sait que la dette de la Grèce atteint désormais 180% de son PIB et ne pourra jamais être remboursé. Une impossibilité dont tout le monde est bien conscient, y compris à Bruxelles, surtout après l’inconcevable cure d’austérité qui a été imposée à la Grèce en échange des centaines de milliards d’euros généreusement apportés par ses créanciers. 

Le FMI, également partie prenante de l’accord, a lui-même affirmé à plusieurs reprises son scepticisme face à un plan qui exige de la Grèce de très forts excédents budgétaires, tout en continuant de mener une politique rigoriste qui a déjà fait plonger son PIB de 30%, décimé son appareil productif et entraîné le chômage de plus de 20% de sa population. 

L'impossible remboursement de la dette grecque

Eh bien c’est une logique purement idéologique qui est à l’oeuvre. Alors que la quasi totalité des dirigeants européens et d’institutions internationales s’accordent sur le caractère toxique du remède imposé à la Grèce, l’eurogroupe continue d’expliquer que tout aménagement de la peine grecque serait perçu comme du laxisme et ne pourrait que pousser d’autres pays au vice de la dépense et de la dette. 

A l’aune du commissaire allemand, Günther Oettinger qui avait expliqué que les marchés allaient apprendre aux Italiens à bien voter, il y a donc clairement quelque chose de moral dans le régime infligé à Grèce : une forme de contrition imposée après les années d’impéritie d’un peuple tourné tout entier vers la dépense et la fête fiscale. 

Il faut dire que le fort endettement de la Grèce a tout d’une aubaine pour les membres de la troïka qui peuvent ainsi lui imposer leur agenda de réformes libérales en échange d’une aide financière. C’est d’ailleurs clairement ce qu’exposait le ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, lors de ses négociations avec son homologue grec, Yanis Varoufakis. 

Admettant sans rougir que les plans d’aides étaient néfastes pour le peuple grec, le ministre allemand revendiquait travailler pour l’histoire et la grandeur de l’Europe et n’offrait alors à Varoufakis qu’une alternative : se plier aux exigences de Bruxelles ou sombrer dans une sortie imposée de l’euro. On connaît la suite de l’histoire...

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