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Franc CFA : outil de stabilité ou de domination?

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Le franc CFA est au cœur d'une brouille diplomatique entre la France et l'Italie. Une polémique qui ne doit pas faire oublier la réalité de cette monnaie, à la fois outil de stabilité et instrument de domination, plus de cinquante ans après l'indépendance des pays africains de la zone franc.

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. Crédits : AFP

Les vice-présidents du Conseil italien, Luigi Di Maio et Matteo Salvini se sont livrés, le 20 janvier dernier, à une attaque en règle contre les politiques monétaires de la France en Afrique, qualifiées de « néocoloniales », en l’accusant de se servir du franc CFA comme d’une arme politique pour perpétuer son emprise et sa domination sur le continent africain. 

Ils en ont ainsi appelé à une véritable décolonisation de l’Afrique, expliquant que cette perpétuation des régimes de domination était un frein au développement et la cause des « flux de migrants qui viennent ensuite, je cite, mourir en Méditerranée ou débarquer sur les côtes italiennes ».   

Mais derrière ces provocations verbales, et ces outrances aux relents xénophobes, les dirigeants italiens mettent le doigt sur une problématique bien réelle : celle de l’ingérence et du contrôle qu’exerce aujourd’hui encore la France sur les quatorze pays africains de la zone franc-CFA. 

Une domination dénoncée par de nombreux économistes en Afrique mais aussi sur le vieux continent. Il faut dire que la France est aujourd’hui, le seul État au monde qui gère toujours la monnaie de ses anciennes colonies et ce, plus d’un demi siècle après leur indépendance. Ce sont ainsi 14 pays africains, répartis en deux zones économiques distinctes qui sont, de facto, sous la tutelle du ministère français des Finances. 

Concrètement, cela signifie que que le franc CFA est indexé sur l’euro et que le Trésor français garantit sa convertibilité en euro, mais aussi que pour assurer cette parité franc-euro, les banques centrales des pays africains doivent déposer la moitié de leurs réserves de change à la Banque de France. Aussi anecdotique, que révélateur, il est intéressant de préciser que l’émission même de cette monnaie africaine, se fait toujours en France, à Chamalières plus précisément, dans le fief historique du président Valéry Giscard d’Estaing.

Si ses partisans défendent un mécanisme qui permet d’assurer la stabilité et la crédibilité du franc CFA, en l’adossant à l’euro, ses opposants dénoncent quant-à-eux un système qui contraint les économies africaines à subir les politiques monétaires de la zone euro. Même lorsque celles-ci ne leur sont pas favorables. 

Ce qui peut effectivement être un frein pour l’économie des pays africains, car les objectifs et les besoins d’une économie en développement et en expansion sont loin d’être les mêmes que celles des pays du vieux continent. Surtout quand ils se doublent d’éléments politiques voire idéologiques.  

Car, comme nous avons pu le voir hier, l’une des obsessions de la Banque centrale européenne est de lutter contre l’inflation. Une politique guidée non seulement par des raisonnements économiques, qui peuvent être discutés, mais aussi par un héritage politique et culturel propre à l’Europe. Imposer cette nécessité aux pays africains, peut donc s’avérer contre productif, voire tout à fait néfaste. 

C’est d’ailleurs ce qu’explique l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembele, qui rappelle que cette priorité de la BCE, imposée aux banques africaines, a des conséquences négatives sur l’accès au crédit des entreprises du continent, qui en ont pourtant formidablement besoin. 

Un système qui est, dans le même temps, très favorable à la France et à ses entreprises.Comme l’explique un article de Médiapart consacré à cette question, ces règles sont très intéressantes pour la France, qui peut acquérir des matières premières africaines sans avoir à débourser des devises étrangères. 

Dans le même temps, les compagnies françaises peuvent investir dans la zone franc sans avoir à craindre de dépréciation monétaire et peuvent, grâce au libre transfert des capitaux entre zone franc et zone euro, rapatrier leurs bénéfices vers l’Europe. 

Si on peut donc s’indigner de la récupération politicienne qui est faite de ce sujet par le gouvernement italien, la polémique ne doit pas faire oublier la réalité de cette monnaie, qui continue d’être perçue, et qui agit toujours comme un instrument de pouvoir et de domination, plus de 50 ans encore après l’indépendance de nos anciennes colonies.

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