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"De l'autre côté" de Chantal Akerman - 2001

Chantal Akerman sur son film "De l’autre côté" : "Plus on montre des choses qui sont loin, plus ça ramène à ici"

25 min
À retrouver dans l'émission

Un matin du mois de mai 2002, Chantal Akerman était l'invitée de Pierre Assouline dans "Première édition" pour son film "De l'autre côté", un documentaire tourné sur la frontière du Mexique et de l'Arizona.

"De l'autre côté" de Chantal Akerman - 2001
"De l'autre côté" de Chantal Akerman - 2001 Crédits : DR

Un matin du mois de mai 2002, Chantal Akerman était l'invitée de Pierre Assouline dans "Première édition" pour son film, De l'autre côté, un documentaire tourné sur la frontière du Mexique et de l'Arizona. De l'autre côté venait après D'Est, tourné dans les pays de l'Est après la chute du Mur, et Sud, tourné dans le Sud des États-Unis… Trois documentaires pouvant être considérés comme une trilogie, selon leur réalisatrice qui en disait ceci : "Ils sont hantés par les camps, mais ça, je ne m'en rends compte qu'après les voir terminés. Dans "De l'autre côté", il y a un mur, des halogènes. Ma mère, quand je lui demandais à quoi ça lui faisait penser, m'a dit : tu sais très bien..."

Chantal Akerman pour son film De l’autre côté, dans Première édition de Pierre Assouline, le 17 mai 2002 :

"On a des obsessions dans la vie et quoi que je fasse, parce moi j’essaie d’y échapper, on retombe dedans. Donc c'est un film sur les Mexicains - c'est plus large que ça - qui essaient de passer aux États-Unis, donc il y a toute une partie mexicaine. Et puis il y a une partie américaine. Il y a toute une partie où on voit comment ces Mexicains sont vus d’en haut par les Américains, par des hélicoptères avec des caméras infrarouge, et on les voit comme des mouches ou des animaux ou des fantômes, il y a un moment donné où il y une image où vraiment on les voit à travers une mire comme si on allait leur tirer dessus. Et puis c'est des fantômes en noir et blanc qui se tiennent les uns aux autres et y a une soixantaine de gens qui passent. Et en fait c'est une image d'archives du service d'immigration américain qui m'a donné tout ce que je voulais, parce qu'ils sont très très fiers de ça." [...]

"C'est un film un peu hybride où il y des images d'archives du service d’immigration américain, qui moi m'ont terrifiée, mais dont eux sont très fiers, et qui montrent les gens comme si ce n'était plus des gens." [...] "La ville que je montre, la ville mexicaine est entourée de barrières soit de bois, soit de métal, et puis du côté américain il y a des immenses lampes halogènes et donc toute la ville est entourée de ces lampes comme si c'était un grand camp."

Chantal Akerman précise à propos de ses trois films D'Est, Sud et De l'autre côté :

"Je pense que c'est vraiment une trilogie. J'ai commencé par "D’Est", un film qui se passe en Europe de l'Est juste après l'ouverture, juste après que le mur soit abattu. Et c'est un film qui tout en se passant en 91 ou 92 - je ne sais plus - évoque les années noires, les années de guerre sans aucune image, et en même temps ça évoque aussi un monde fermé. Après il y a eu "Sud" qui, lui, par résonance évoque l'esclavage des Noirs en Amérique, et qui lui aussi évoque un monde fermé. Parce que l'Amérique et la Russie sont deux grandes forteresses. Maintenant, et encore, ça change un peu, à part que tout le monde veut partir de là, mais c'est comme si c'était deux mondes fermés, autistes sur eux-mêmes - on ne dit pas - autistiques sur eux-mêmes. Après "D'Est" faire un film sur le Sud des États-Unis c'était vraiment mettre les deux pays en écho. Et puis il y a ce film qui s'appelle donc "De l’autre côté" qui montre comment ce monde américain est une forteresse et que cette forteresse essaie d'être pénétrée par des gens qui ont faim, comme l'Europe l'est d'ailleurs aussi."

À la question "pourquoi ne pas avoir été plus près, à Sangatte ou du côté des Marocains ?", Chantal Akerman répond :

"Plus on montre des choses qui sont loin, plus ça ramène à ici. Parce que quand on montre des choses sur lesquelles on a le nez collé, on ne les voit plus. Ce qui se passe près de Calais, on en entend parler tous les jours - enfin tous les jours j'exagère - de temps en temps - c'est déjà devenu presque une habitude, au début on s'est dit "ohlala c'est affreux" et c'est devenu un fait divers. Et à force que ce fait divers soit répété, il n’atteint plus l’émotionnel, il atteint peut-être le cerveau, oui c'est une information en plus, mais il n'atteint plus l'émotionnel c'est fini." [...]

"En Europe, je dirai que les choses sont plus hypocrites. Il n'y a pas de frontières, il n’y a plus de frontières, mais quand on se trouve dans un train, Paris-Bruxelles par exemple que je fais souvent, et bien tout le monde vous fait des sourires, à moi parce que j'ai la peau blanche, et puis tout d'un coup au loin dans le train il y a quelqu'un qu'on fait sortir du train et celui-là n'a pas la beau blanche. Et donc c'est un monde sans frontières mais avec des frontières qui sont -c'est la fameuse loi du faciès - mais qui sont plus hypocrites, plus sournoises. Là-bas c'est clair."

Elle explique pourquoi elle a voulu à faire ce film :

"C'est à cause du mot saleté que j'ai été faire ce film là-bas. J'avais lu un tout petit extrait, dans Libé ou dans Le Monde, comme quoi les Ranchers eux-mêmes, pour s'amuser en plus de tout, allaient avec des grands magnums dans la nuit faire la chasse eux-mêmes aux immigrants, aux illégaux comme ils disent, et les détenaient dans leur ranch pour après les donner aux Border Patrols., et ils disaient : "ils polluent, ils salissent notre mode de vie, ils nous salissent en quelque sorte." [...] La peur de l'autre qui est sale. L’autre est sale et nous on est des purs, nous on est propre et eux vont nous salir. Ils ont une peur fondamentale que ça va les changer, changer leur mode de vie. Et en effet l'Amérique est puritaine, elle est née comme ça avec les puritains et elle est née aussi avec un homme un fusil. C'est le règne de l'individu, l'individu a le droit de se défendre lui-même et donc de tuer l'autre. Et donc ils sont prêts à tuer l'autre, c'est tout."

  • Production : Pierre Assouline
  • Réalisation : Georges Kiosseff
  • Extrait : Première édition - Chantal Akerman pour "De l’autre côté"
  • Avec Chantal Akerman
  • 1ère diffusion : 17/05/2002
Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
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