LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Colson Whitehead
Épisode 7 :

Colson Whitehead et les blessures américaines

26 min
À retrouver dans l'émission

Deux fois récompensé par le prix Pulitzer, Colson Whitehead est notre invité à l'occasion de la parution de son dernier roman, "Nickel Boys" (Albin Michel, 19/08/2020), une plongée au cœur des Etats-Unis ségrégationnistes.

Colson Whitehead
Colson Whitehead Crédits : Picture alliance - Getty

Colson Whitehead, écrivain et journaliste, publie Nickel Boys aux éditions Albin Michel, roman récompensé en mai dernier par le prix Pulitzer. Il y décline la problématique de la condition noire aux Etats-Unis. Son précédent roman, Underground Railroad (Albin Michel, 2017), se consacrait à l’esclavagisme au milieu du XIXe siècle, engagement qui lui a déjà valu un premier prix Pulitzer en 2017. Ce nouveau roman pense les blessures raciales dans les Etats-Unis ségrégationnistes des années 1960. 

Whitehead dresse le tableau d'une école de redressement, la Nickel School, marquée par la violence et l'humiliation des traitements qu'elle fait subir à ses pensionnaires. Le personnage d’Elwood y est enfermé pour un vol qu'il n'a pas commis et tente de se construire au-delà du chaos des hommes. A travers ce roman de fiction sur la résilience de jeunes hommes brisés par l’injustice et le racisme, Colson Whitehead livre une œuvre documentée avec précision. Il prend notamment pour point de départ la _Dozier School_, institut de correction fermé en 2011, qui fut le terrain de sévices et meurtres racistes entre 1940 et 1960. 

Je n’avais pas besoin d’exagérer la réalité pour écrire ce roman. De même, dans mes autres romans sur l’esclavage, la réalité dépassait la fiction. Je n’ai pas eu à chercher très loin … Les personnages se retrouvent dans une sorte d’enfer orwelien, dans une situation d’une brutalité fasciste. On essaie d’échapper à tout cela, et il ne reste que l’abjection.    
(Colson Whitehead)

Ancrée dans une période clivée entre les lois ségrégationnistes de Jim Craw et l’émergence des Civil Rights Acts en faveur de l’égalité, l’œuvre de Colson Whitehead fait résonner l’héritage des penseurs de la condition noire, de Martin Luther King, auquel Elwood s'accroche, aux figures de James Baldwin et de Toni Morrison

Celui qui sait lire détient le pouvoir entre ses mains. Celui qui peut empêcher d’avoir accès à ce savoir, et donc à ce pouvoir, développe une véritable maîtrise de ces personnes.    
(Colson Whitehead)

Men Drinking from Segregated Water Fountains
Men Drinking from Segregated Water Fountains Crédits : Bettmann - Getty

S’il fait vivre des mémoires traumatiques et rend lisible l’héritage raciste des Etats-Unis, Colson Whitehead demeure réservé quant à l’état actuel d’un pays aujourd’hui gouverné par un « suprématiste blanc ». Le travail d’écriture de fiction constitue pour Whitehead son premier cheval de bataille pour l’égalité. Il entend toucher les cœurs pour un jour, peut-être pouvoir connaître des Etats-Unis apaisés. 

Je ne pense pas qu’on puisse créer des nouvelles lois à la lecture d’un roman, il ne faut pas trop croire au pouvoir de l’art pour faire changer les choses. Pour autant, les romans, les poèmes, la musique peuvent faire changer les consciences… Je voulais créer une œuvre d’art mais, pour la suite, je peux espérer que le public aimera le livre ; mais c’est tout ce que je peux espérer.    
(Colson Whitehead)

Extraits sonores :

  • Martin Luther King,  Zion Hill, 1962 
  • James Baldwin, La Plymouth, lu par Joey Starr (Documentaire : I'm not your negro, Raoul Peck)
  • Interview de Robert Straley (Reportage sur Dozier School, CNN, 30 mars 2013)
  • Martin Luther King, ITW Amour (Documentaire : I'm not your negro, Raoul Peck) 
Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......