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Alberto Moravia à Paris en 1989.

Entretiens avec Alberto Moravia

45 min
À retrouver dans l'émission

Esthétisme, critique sociale, psychanalyse : Moravia parle de sexe, de Bardot, du peuple romain, de l'Italie. Trois entretiens inédits avec l'auteur du Mépris et des Indifférents, le conteur des Récits romains, le petit garçon blessé d'Agostino, le peintre implacable de l'Ennui.

Alberto Moravia à Paris en 1989.
Alberto Moravia à Paris en 1989. Crédits : Ulf Andersen - Getty

Alberto Moravia est un homme calme, à peine ironique, las de sa propre gloire, mais aussi épris d'elle au point de chercher à lui épargner le regard de ceux qui ne lui ont pas encore rendu hommage. S'entretenir avec lui n'est pas chose aisée. Il oppose aux questions une sorte de timidité têtue, que son regard, attentif sans jamais paraître intéressé, et surtout sa bouche, incroyablement fine et droite, comme scellée par un refus, rendent intolérables. 

1. Regards sur la Nouvelle Vague et le Nouveau Roman

Dans ce premier entretien, Alberto Moravia discute des adaptations cinématographiques de romans, mais aussi de la Nouvelle Vague et de sa réception en France et en Italie. C'est qu'il est personnellement concerné par ces questions, lui dont le roman Le Mépris a été adapté en film par Jean-Luc Godard. Il se dit satisfait de cette transposition :

Je trouve que c'est encore le film le plus personnel et original qui ait été fait à partir de mes œuvres. Cela m'a beaucoup intéressé, comme manière de filmer, de monter. Même s'il n'est pas fidèle au roman, il est fidèle à son esprit. Donc je l'ai bien aimé.

L'écrivain évoque aussi l'essor du Nouveau Roman, dont il suit avec intérêt le développement, lisant ses auteurs, mais dont il nie l'influence sur son travail :

Je suis trop vieux pour être influencé, c'est trop tard, je suis ce que je suis. 

2. Le peintre d'une Italie sans illusion

Alberto Moravia a pu apparaître aux yeux des lecteurs comme un sociologue sans pitié, le peintre d'une Italie dont il a, pour nous Français, à jamais modifié l'image. Pourtant, il nie avoir eu pour intention de faire de son œuvre l'exposé critique d'une société. Il voulait simplement être en rapport avec la réalité :

Je ne suis pas un écrivain spécialement social, mon but est plutôt d'être réel.

L'écrivain nous livre ici sa vision du peuple romain, caractérisé selon lui avant tout par son réalisme âpre, sceptique, à l'ombre du Vatican. Il évoque de manière plus générale le peuple italien, son sens très aigu de la beauté, son développement excessif de la vie privée, soulignant à quel point on se méprend sur ce pays, que l'on connaît en fait très mal :

On dit souvent que les gens du Midi sont sentimentaux. Or, il n'y a rien de plus froid et cérébral qu'un Sicilien. Les Siciliens sont des glaçons, des gens qui calculent tout. Ils ont une tête très forte, mais un cœur pas très développé.

Entre les préjugés parisiens et les jugements hâtifs des touristes de Venise, il y a place pour une Italie méconnue, celle décrite par Moravia, avec ses Milanais sentimentaux et ses Siciliens râssis. Une Italie sans illusion. 

3. La sexualité et l'ennui

Alberto Moravia a beaucoup écrit sur le sexe. Pour lui, il ne s'agit pas d'un fait social, puisque le sexe se situe en dehors, ou plutôt avant la société. Il évoque sa place dans le monde contemporain en ces termes :

Le sexe dans le monde moderne est une donnée absolue, qui ne peut pas perdre son importance, et en même temps un néant, puisqu'il existe dans nos sociétés une hantise du sexe. [...] Le sexe est un moyen de communication cosmique. 

Pour le romancier, "rien ne se conçoit hors de la primauté de l'éros". C'est ce qui constitue le fil ténu qui relie Brigitte Bardot à Sigmund Freud, à travers les arcanes tourmentés du Nouveau Roman. 

L'autre concept dominant l'œuvre de Moravia est celui d'ennui. Il le définit comme l'interruption du rapport entre le sujet et l'objet, entre la personne et la réalité. Cela provoque une forme d’aliénation, observable dans toutes nos sociétés modernes. Pour en sortir, il appelle à une acceptation de la réalité telle qu'elle est :

Le seul moyen de retrouver la réalité c'est de la respecter, de vouloir qu'elle soit cet qu'elle est, c'est-à-dire de la contempler.

À travers ces entretiens sur le cinéma, la littérature, l'Italie, la sexualité, ou l'ennui, c'est tout simplement de lui que nous parle Moravia, qui considère d'ailleurs l'écriture comme une forme de présentation de soi au monde :

Je pense qu'un écrivain écrit toujours le même livre. Je pense que le but d'un écrivain n'est pas de faire une œuvre, mais de s'exprimer, de se manifester, d'être une apparition continuelle.

Entretiens diffusés pour la première fois sur France Culture du 19 au 21 mai 1964.

Par Pierre Conte et Paul-Jean Franceschini. Assistés par Hélène de Labrusse.

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