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Charleville Mezières, Musée Arthur Rimbaud

Ernest Pignon-Ernest : "Je marche beaucoup, la nuit, le jour, pour 'rencontrer' un lieu"

1h30
À retrouver dans l'émission

2005 |Genet, Rimbaud, Desnos, Pasolini, Artaud… les fusillés de la Commune ou les visages de l'Apartheid… depuis ses ombres irradiées du Plateau d'Albion en 66, d'un geste artistique et politique assuré, Ernest Pignon-Ernest donne peau et âme humaines aux murs lépreux du monde entier.

Charleville Mezières, Musée Arthur Rimbaud
Charleville Mezières, Musée Arthur Rimbaud Crédits : Daniel Thierry / Photononstop - AFP

Ses sérigraphies accouchent d'une légende des siècles poétique et tragique, de Paris à Jérusalem, de Naples à Soweto, de la prison Saint-Paul de Lyon jusqu'à Ramallah.

"Au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler - explique Ernest Pignon-Ernest - J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit : l’espace, la lumière, les couleurs… et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique. Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d’un corps à l’échelle. Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique…".

En 2005, Ernest Pignon-Ernest était l'invité de "Surpris par la nuit", entouré du plasticien Pascal Convert et de la philosophe de l'art et des images, Marie-José Mondzain.

Il expliquait comment il trouvait les lieux sur lesquels il allait travailler :

Mon travail se résume à cela : je travaille sur des lieux, ou sur des événements ou sur un moment social. Mais au départ je travaille sur des lieux où je colle mes images. [...] Je choisis des lieux du point de vue du visible comme un peintre ou un sculpteur pour leurs qualités plastiques. Je marche beaucoup, et j'assimile. C'est un travail sur l'espace, ce n’est pas un travail frontal. Je travaille dans la rue, je marche beaucoup la nuit, le jour, pour rencontrer un lieu. J'essaie d’anticiper la manière dont on rencontrera l'image que je vais mettre dans le lieu. Il est nécessaire que je comprenne le lieu dans toute sa complexité. Il y a une partie très physique : la couleur des murs, comment la lumière vient dessus dans la journée, comment elle tourne, la texture, le rythme urbain du lieu... Et je pense au face-à-face que je vais provoquer entre les gens et mon image.

Sur son choix de la ville comme cadre de ses interventions :

Comme disait l'autre, parce que c'est l'espace de l'espèce la ville, parce que c'est là que vivent les hommes et les femmes. C'est là que l'histoire des hommes s'inscrit. Je m'intéresse à l'architecture, à l'espace de la ville même, plastiquement c'est ce qui m'intéresse.

Concernant son rapport au milieu de l'art et son rôle d'artiste :

Le rôle de l'artiste c'est de ne pas accepter d'avoir de devoirs. Il ne faut rien faire comme un devoir. Un art qui ne provoquerait aucune émotion, aucune réflexion, aucun changement de regard me semble être une déviation. Il y a aujourd'hui une pression du milieu, une espèce d'alignement. Je me suis toujours donné la liberté de faire vraiment ce que j'avais envie. D'une part en n'ayant jamais pensé que je gagnerai ma vie avec cela. Parce que si on se prépare à vendre des tableaux quand on a 18 ans, on est amené plus ou moins consciemment à faire des tableaux qui se vendent. Comme moi je n'avais jamais pensé que je serai artiste, aller coller mille sérigraphies dans les rues c'est un acte qui n'a aucune logique économique... la semaine d'après je cherchais un travail pour les payer !

  • Production : Elisabeth Couturier
  • Réalisation : Ghislaine David
  • Surpris par la nuit - Ernest Pignon-Ernest, à hauteur d'homme
  • 1ère diffusion : 19/10/2005
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France

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