LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Ennio Morricone et Sergio Leone en mai 1984, conférence de presse de "Il était une fois en Amérique", film hors compétition - 37ème Festival de Cannes

Sergio Leone : "Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes"

1h02
À retrouver dans l'émission

En 1989 Noël Simsolo consacrait le dernier volet de sa série "Musiciens pour cinéastes" au couple Leone-Morricone. On pouvait y entendre un entretien exceptionnel et passionnant dans lequel Sergio Leone parlait de sa collaboration avec Ennio Morricone, suivi d'une intervention de Serge Daney.

Ennio Morricone et Sergio Leone en mai 1984, conférence de presse de "Il était une fois en Amérique", film hors compétition - 37ème Festival de Cannes
Ennio Morricone et Sergio Leone en mai 1984, conférence de presse de "Il était une fois en Amérique", film hors compétition - 37ème Festival de Cannes Crédits : Jean-Marc Zaorski/Gamma-Rapho - Getty

Hitchcock-Herrmann, Fellini-Nino Rota ou Blake Edwards-Mancini… Il y a eu ainsi dans l'histoire du cinéma plusieurs associations durables et fructueuses entre des réalisateurs et des compositeurs. En France, on pense bien sûr aussi à la conjugaison des talents de Jacques Demy et Michel Legrand. Mais la collaboration Sergio Leone-Ennio Morricone ne ressemblait peut-être à aucune autre. Au-delà de la complicité humaine et artistique qui unissait les deux hommes, les méthodes de travail de Leone, la conception de la fonction de la musique au cinéma qu'il imposait, offrait dans ses films un rôle capital et singulier aux compositions de Morricone. Au point de lui faire dire qu'Ennio Morricone était peut-être son meilleur scénariste.

En 1989, Noël Simsolo consacrait le dernier volet de sa série Musiciens pour cinéastes au couple Leone-Morricone. On pouvait y entendre un entretien exceptionnel et passionnant dans lequel Sergio Leone parlait de sa collaboration avec Ennio Morricone, alors qu'en fin d'émission, Serge Daney et Noël Simsolo disaient pourquoi et comment selon eux, le réalisateur et le musicien avaient ensemble marqué un moment-clé, inauguré une ère nouvelle, de l'histoire du cinéma et de la musique de films.

Du duo qu'il formait avec Ennio Morricone, Sergio Leone confiait à Noël Simsolo :

C’est plus qu’un couple, c’est comme une sorte de mariage involontaire. [...] On se connaît depuis longtemps. Je n’aime pas du tout me répéter et expliquer les choses plusieurs fois, et avec Ennio c’est très facile, en un regard nous nous comprenons tout de suite. Il y a le succès que nous avons eu ensemble, l’estime que nous avons l’un pour l’autre. Il est capable de réécrire un morceau de musique quatre ou cinq fois si je ne l’aime pas du tout. [...] C’est plus qu’un compositeur pour moi. Je n’aime pas du tout les mots dans les films, j’espère toujours faire un film muet, et la musique se substitue aux mots, alors on peut dire que Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes.

Sur le travail avec Morricone :

Ennio travaille d’une façon complètement spéciale avec moi. Je fais composer la musique avant de faire le film. Je travaille avec la musique. C’est une complicité, non pas de l’histoire, mais de l’idée.

Ennio Morricone était le premier choix Stanley Kubrick pour composer la musique d'Orange mécanique. À ce propos Leone racontait :

Quand Kubrick m’a demandé de prendre Ennio pour 'Orange mécanique', il m’a fait une déclaration qui m’a beaucoup touché. Il m’a dit : “J’ai en face de moi toute la musique d’Ennio Morricone. Pourquoi est-ce que j’aime seulement tous les morceaux qu’il a faits avec vous ?" Je lui ai répondu : “Moi je déteste Strauss, alors pourquoi est-ce que j’aime beaucoup Strauss dans '2001' ? Parce qu’il est lié à une visualisation tellement précise, c’est un mariage parfait avec la musique, je me fiche de la qualité de l’instrumentalisation. Avec Ennio il faut travailler comme ça. Si vous avez le temps, la patience de lui expliquer le film, de beaucoup parler avec lui, il vous donnera sûrement des morceaux fabuleux. 

Leone avait demandé à Morricone de composer les thèmes musicaux des six personnages principaux d'Il était une fois dans l'Ouest. Il manquait le thème le plus difficile, celui du personnage le plus ambigu, celui de Cheyenne interprété par Jason Robards  :

On arrive au jour de l’enregistrement, avec soixante-dix musiciens d’orchestre, et Morricone commence à mettre en place ce morceau. Et il voit derrière la vitre mon visage qui n’était pas content du tout. Il me dit : “Ça ne marche pas”. Je lui dis : “Non. C’est vrai que tu as ajouté l’instrumentation, mais ce n’est pas ce que je voulais.” Il me dit : “Je ne sais plus ce que je dois faire, j’ai composé six thèmes que je pensais avoir arrangés à la perfection. Dis-moi, explique-moi encore ce qu’est ton personnage.” Avec Ennio, il faut parler avec des adjectifs, et des comparaisons. Je lui demande : "Tu as vu le film de Walt Disney, 'La Belle et le clochard' ? Bien, pour moi, Cheyenne c'est le clochard. C’est un voleur, un romantique, un malin, pas fiable, mais en même temps, il sait ce qu’est l’amour." Et pendant que je m’exprimais ainsi, il se souvenait du petit chien qu’il avait vu à l’époque, et il a commencé à chantonner le thème...

Sergio Leone expliquait pourquoi il avait renoncé à la musique composée par Morricone pour la longue séquence d'ouverture d'Il était une fois dans l'Ouest :

Quand j’ai placé les bruits, sans musique, la goutte, les moulins à vent, le vent, la mouche, le train qui arrivait, il y avait toute une ambiance fantastique qui était déjà un grand morceau de musique. Et quand j’ai terminé avec mon mixeur les deux bobines, j’ai dit que je n’allais pas placer la musique, mais laisser comme ça, car je trouvais ça tellement plus enthousiasmant ces bruits. Finalement, après la fin du mixage, on a tout visionné, et Ennio, qui cette fois était là, regarde les deux premières bobines sans sa musique. Il était habitué à ce que je fasse ce que je voulais, mais tout à coup il se lève, vient à côté de moi, et me dit : “Je peux te dire une chose Sergio ? C’est la meilleure musique que j’ai composée dans ma vie”.

  • Par Noël Simsolo 
  • Réalisation : Viviane Noël
  • Euphonia - Musiciens pour cinéastes, 5 : Ennio Morricone - Sergio Leone 
  • Avec Sergio Leone et Serge Daney
  • 1ère diffusion : 24/02/1989
Chroniques
3H09
29 min
Les Nuits de France Culture
"Il était une fois en Amérique' c'est un film plus grand que le cinéma"
Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......