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L'Ancien Palais de Justice de Paris, en juin 2005,  situé dans le 1er arrondissement de Paris, sur l’île de la Cité.

Albert Naud : "Imaginons une peine de mort exécutée... Croyez-moi, le remord de l'avocat commence là"

35 min
À retrouver dans l'émission

1974 |Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault reçevaient en 1974 Maître Albert Naud, l'avocat expliquait son combat contre la peine de mort et les particularités de son métier (1ère diffusion le 5 avril 1974).

L'Ancien Palais de Justice de Paris, en juin 2005,  situé dans le 1er arrondissement de Paris, sur l’île de la Cité.
L'Ancien Palais de Justice de Paris, en juin 2005, situé dans le 1er arrondissement de Paris, sur l’île de la Cité. Crédits : via wikimédia

Maître Albert Naud, de l'après-guerre aux années 70, fut ce qu'il est convenu d'appeler un ténor du barreau. Abolitionniste convaincu, il s'opposa ardemment à la peine de mort, notamment à travers trois ouvrages : Tu ne tueras pas, Contre la peine de mort et L'Agonie de la peine de mort ? 

En 1945, commis d'office au procès de Pierre Laval, Albert Naud, qui avait été un résistant des premières heures, peu soupçonnable de la moindre sympathie pour Laval, ne manqua pourtant pas de dénoncer ce procès bâclé durant lequel fut bafoué le droit de l'accusé à être défendu. Cette expérience, Albert Naud l'a rapportée dans Pourquoi je n'ai pas défendu Pierre Laval, paru en 1948. 

L'idée que se faisait Albert Naud de sa fonction est peut-être bien résumée toute entière dans le titre d'un livre, Les défendre tous, paru en 1973. Un an plus tard sur France Culture, Albert Naud répondait aux questions que se posaient Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault sur le métier d'avocat. 

Dans cette émission, Maître Albert Naud revient sur le rôle de l'avocat durant le procès. Il évoque des cas spécifiques, les deux personnes qu'il a refusé de défendre, la défense de quelqu'un qu'on sait coupable, et bien sûr, sa position sur la peine de mort : 

Dans la bagarre je n'ai pas d'angoisses, je cogne je fais tout ce que je peux pour que mes mots portent ! Mais imaginons une peine de mort exécutée... Eh bien, croyez-moi, le remord de l'avocat commence là. Et toute sa vie il l'emportera avec lui en se posant des foules de questions : Mais d'abord est-ce que j'ai fait mon travail comme il fallait le faire ? Est-ce que ce que j'ai plaidé là n'était pas mauvais ? On se pose des questions insolubles... qui toute la vie vous troubleront. 

Sur les cas qu'il a connus directement en tant qu’avocat : 

Moi, j'en ai sept qui sont morts, j'y pense souvent... Je me dis d'abord que si on les rejugeait ils ne seraient pas condamnés à mort, je me dis que le hasard commande la justice et que si à la même heure on jugeait le même homme dans 92 cours d'assises françaises  il n'y aurait pas 92 peines de mort donc c'est une foutaise. Le hasard ne doit pas jouer quand la tête d'un homme est en jeu. C'est la suite qui est affreuse on se pose toutes sortes de questions notamment celle de savoir si on a fait ce qu'il fallait. 

  • Production : Patrice Galbeau
  • Réalisation : Guy Delaunay
  • Extrait : Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault reçoivent Albert Naud (1ère diffusion : 05/04/1974)
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

Chroniques

1H19
25 min

Les Nuits de France Culture

"L’éloquence est une puissance redoutable… Elle peut faire du coupable un innocent et de l’innocent un coupable"
Intervenants
  • Albert Naud, né à Saint-Amant-de-Graves (Charente) en 1904, mort le 20 février 1977, était un avocat d'assises français.
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
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