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Georges Brassens au cimetiere des Pauvres de Sete a la fin des annees 70
Épisode 2 :

"Pour pénétrer dans mes chansons, il faut être un peu mon complice "

1h25
À retrouver dans l'émission

Georges Brassens est l'un des hommes célèbres les moins connus. Il écrit pour ceux qu’il aime, mais n'aime pas parler de ses chansons. C'est ce qui rend ces deux grandes émissions (datant du 17 février 1979) consacrées à Georges Brassens, en présence du chanteur en personne, encore plus précieuses.

Georges Brassens au cimetiere des Pauvres de Sete a la fin des annees 70
Georges Brassens au cimetiere des Pauvres de Sete a la fin des annees 70 Crédits : Sipa

Artisan subtil de la langue, de la mélodie et de l’harmonie, Georges Brassens décrit ici son univers artistique de "demi-lettré", entre exigence et humilité : 

Pour entrer dans mes chansons, il faut faire un petit effort, il faut être un peu mon complice. Il faut faire au moins la moitié du chemin. Il faut que le public ait le même talent que moi, ou presque.

Mon but à moi, en dehors du fait de m'amuser et d'amuser les autres, était d'écrire des chansons pour plaire à un public un peu difficile, mais pas trop. Je ne visais pas à plaire à des lettrés, n'étant qu'un demi-lettré moi-même. Je visais un public cherchant quelque chose d'un petit peu plus relevé que ce qu'il avait coutume d'entendre. Je ne visais pas à plaire à un public de cultivés. 

Il discute de l'évolution de son style - d'une première période très truculente à une seconde plus intérieure -, qu'il considère comme inévitable :

Je ne peux pas refaire La mauvaise réputation, je ne peux pas déboiser toujours le même coin, je suis obligé d’aller planter mon sillon ailleurs. Alors je cherche, et j'évolue. 

C'est que les temps changent, et les normes morales avec. Or, Georges Brassens avoue ici que le monde dans lequel il vit ne lui convient pas vraiment :

Peut-être que le monde qui est en train de se faire ne me convient pas. Peut-être qu'il y a une inondation et qu'avec mes chansons j'essaie de boucher les voies d'eau. J'essaie d'y conserver certaines valeurs auxquelles je suis attaché, et auxquelles je crois que certains sont attachées. Mais parmi ces valeurs, il y en a que ma mère contesterait, bien sûr, puisque nous n'avions pas tout à fait la même morale.

Et la valeur suprême de Brassens, c'est l'amour : amour de la beauté, de la musique, de la spiritualité. Et des femmes, qu'il peint admirablement dans ses chansons.

Le corps de la femme est l'une des plus belles choses qui soient, il faut bien le reconnaître. C'est à cause de la continuité des lignes que la femme est belle.

J'ai constaté qu'il y a généralement plus de bonnes samaritaines que de bons samaritains. La femme est plus généreuse et plus altruiste que l'homme. Elle est plus grande en amour que l'homme.

Dans cet entretien, le chanteur ne se contente pas d'évoquer les femmes en tant qu'objet poétique, mais évoque aussi sa vie amoureuse privée :

Je n'ai connu l'amour que dans l'adultère, parce que c'était la seule solution pour moi, étant donné que je ne voulais épouser personne. Mais j'avais des besoins sexuels comme tout le monde, alors je me tournais vers les femmes qui s'emmerdaient avec leur mari. Et comme il y en avait plein...

N'ayant connu que l'amour adultère, Georges Brassens n'a jamais construit de famille. C'était aussi par choix, car il considérait ne pas pouvoir embarquer femme et enfants dans la vie studieuse que le métier qu'il a choisi impliquait. Mais il ne regrette absolument pas de ne pas avoir eu d'enfant : 

Un enfant de plus ou de moins, qu'est-ce que ça aurait fait ? C'est plus facile de faire un enfant qu'une chanson, et je pense qu'en faisant mes chansons j'ai plus apporté qu'en faisant un enfant.

Georges Brassens fait ainsi partie de ces artistes à part entière, s'accomplissant dans et par la musique, uniquement.

Retrouvez ici la première partie de l'entretien.

Textes et poèmes lus par François Chaumette. Réalisation de Georges Goldberg. 

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