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"La Polar pour les nuls"

Le polar selon Marie-Caroline Aubert : "C’est beaucoup moins noir qu’il y a dix ans, le noir n’est plus à la mode. Le noir est trop noir, le noir est trop réel".

41 min
À retrouver dans l'émission

2018 |Marie-Caroline Aubert est éditrice à la tête de la légendaire Série noire Gallimard créée par Marcel Duhamel en 1945. Coauteure du "Polar pour les nuls", à l'occasion de notre nuit spéciale "La Nuit blanche sera noire… et bleue !", elle retrace l’histoire de ce genre littéraire à succès.

"La Polar pour les nuls"
"La Polar pour les nuls" Crédits : First édition

Les premiers polars étaient tous construits de la même façon : meurtre, enquêteur et coupable démasqué et puni à la fin. Mais pourquoi diable ces trois ingrédients ne sont plus présents ? Marie-Caroline Aubert l'explique avec malice :

Parce que la réalité est rentrée dans le jeu et ce sont les Américains qui dans les années 50 ont changé la donne. Résultat : cela a fait un tabac ici, donc on ne pouvait plus faire machine arrière. Le crime est devenu crapuleux, les gens parlaient mal… Tout s’est gâté définitivement.

A entendre l’extrait d’un débat sur le sujet à la "Tribune de Paris" en 1955, il semble que l’engouement  du grand public pour ce genre littéraire ne soit pas du goût de tout le monde.... Maurice Toesca, écrivain et journaliste, dresse une critique virulente  à l’adresse de  la collection Série Noire : "Je dis qu’on est descendu au rang de la boîte à ordure !" 

L’éditrice nous explique l’aversion que provoqua chez certains ce nouveau genre littéraire : "Quand le mauvais genre est arrivé ça a été la révolution, ça a été terrible ! Tout cela est arrivé sur les tables des bonnes gens… Vous imaginez le scandale ! Avec des sentiments très moches, des entourloupes pas du tout présentables, je comprends qu’ils aient été scandalisés".

Dans un inventaire à la Prévert (c’est d’ailleurs le poète qui a trouvé  le titre "Série Noire"), elle égrène quelques titres d’ouvrages des années 50 : "C’est toute une esthétique culturelle d’une époque", une esthétique langagière qu’on retrouve dans le cinéma de ces années-là. La Blonde pulpeuse (Erle Stanley Gardner), Fais pas ta rosière !, Charades pour écroulés (Raymond Chandler) :

Je pense qu’il y avait une surenchère, il devait y avoir des tables rondes pour trouver le titre le plus marrants qui soit.

En France, les choses bougent aussi : 

L’arrivée inopinée et miraculeuse d’Arsène Lupin et de Fantômas font que les gens se sont rendu compte malgré toute leur bonne conscience et leurs bons sentiments qu’ils aimaient bien les mauvais garçons. [...] Grâce à Maigretn on est allé partout, dans toutes les couches de la société.

Elle porte un regard de connaisseuse sur l’évolution du roman noir et estime qu’aujourd’hui, "c’est beaucoup moins noir qu’il y a dix ans, le noir n’est plus à la mode. Le noir est trop noir, le noir est trop réel". D’après elle, l’accès à l’actualité en direct et en permanence a changé les choses."Le noir, c’est ce qui se passe dans la tête des gens, c’est la réalité de ce qui se passe dans les rapports entre les humains… Quand c’est trop réel, je crois que ça fait peur et j’ai l’impression que les gens ont envie d’avoir peur avec des fausses peurs".

Le polar pour les nuls, écrit à quatre mains avec sa complice Natalie Beunat, responsable d'édition au Fleuve Noir et spécialiste de Dashiell Hammett, est parti d’un constat. "Je me suis dit en faisant des petits sondages auprès des jeunes générations qu’ils ne connaissaient pas grand-chose, n’avaient pas beaucoup d’appétence."  A travers cet ouvrage, qui n’est ni un dictionnaire, ni une anthologie, elles espèrent transmettre, faire découvrir et pourquoi pas redécouvrir aussi des auteurs de talent un peu oubliés. 

Écouter la fin de l'entretien.

  • Production : Philippe Garbit
  • Réalisation : Virginie Mourthé
  • Avec la collaboration de Hassane M'Béchour
  • Indexation web : Odile Joëssel, Documentation sonore de Radio France

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