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Exposition : Bibliothèque des littératures policières (BiLiPo) - 6 mars au 4 juillet 2020
Épisode 5 :

Marcel Duhamel : "Les romans de la Série Noire ne sont pas plus nocifs que des romans de la Bibliothèque Rose où il est toujours question de flagellation de petites filles"

19 min
À retrouver dans l'émission

1949 |Qui êtes-vous ? Plutôt Chesterton, Agatha Christie et Gaston Leroux ou alors James Hardley Chase et Raymond Chandler ? Le débat réunissait Simone Signoret, Marcel Duhamel parmi d'autres, en 1949 dans la "Tribune de Paris - Le roman policier traditionnel et le roman policier noir".

Simone Signoret.
Simone Signoret. Crédits : John Springer Collection/Corbis via Getty Images - Getty

L'émission "Tribune de Paris" proposait en août 1949 un débat sur le thème "Le roman policier traditionnel et le roman policier noir", le genre connaissait un succès phénoménal, mais il était aussi critiqué dans sa forme la plus récente, le roman noir venu des États-Unis. Réactions de moralistes, de puristes ? 

Le point de vue du criminel serait-il aussi intéressant que celui du policier ? Certains romans policiers notamment les romans noirs américains, pervertiraient-ils la jeunesse française ? Le débat réunissait Marcel Duhamel, Pierre Nord, écrivain, Simone Signoret, grande amatrice de cette littérature, ainsi qu'Armand Hoog et Jeanne Montrobert.

Pierre Nord :

Je m'intéresse à la question du héros que l'on présente à la masse, comme d'Artagnan, les corsaires, Buffalo Bill. Ces héros étaient dépassés par l'Histoire, se situant dans un milieu et une époque qui n'étaient absolument plus ceux de leurs lecteurs, par conséquent la nocivité sociale ou morale de leurs actions était atténuée par ce décalage historique. En revanche avec le roman criminel, le roman policier on est dans bain, on peut toujours rencontrer au coin de la rue le criminel... ou le policier.  

Marcel Duhamel :

Je crois que ce qui intéresse surtout les lecteurs dans les héros de la Série Noire c'est que ce sont des héros qui agissent. Notre époque exige de l'action, et puis il y a la question du dialogue, ces personnages parlent un langage vrai, en cela ils sont plus vrais que les personnages des anciens romans policiers. Ils parlent le langage populaire, de la rue, argotique et toujours avec un brin d'humour... Ils ne sont pas figés, ils sont nuancés [...] Les personnages de la Série Noire ne sont jamais gratuits, ce sont les circonstances sociales qui les ont amenés là, à faire ce qu'ils font. 

Simone Signoret :

Comment savoir si les voyous et les chenapans n'ont pas d'excellentes raisons pour être devenus des voyous et des chenapans ? Après tout je ne sais pas... l'instruction des troupes de choc à qui l'on apprend les trente-et-une meilleures façons de tuer son bonhomme, une fois que les troupes de choc n'ont plus de travail, n'ont-ils pas, ces hommes, quelques chances de devenir des crapules ? 

Marcel Duhamel concluait ainsi :

Je prétends que les romans de la Série Noire ne sont pas plus nocifs, loin de de là, que la plupart des romans de la Bibliothèque Rose où il est toujours question de flagellation de petites filles et autres histoires, comme dans les contes de Perrault et les chansons comme Saint-Nicolas et les enfants au saloir.

  • Par Paul Perronet
  • Tribune de Paris - Le roman policier traditionnel et le roman policier noir (1ère diffusion : 10/08/1949 Chaîne Nationale)
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France
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