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Épisode 2 :

Abel Gance à propos du film 'La Roue' : "Ce qui m’a attiré ça a été de donner un cœur à une machine. Le fait d’aimer une chose la rend vivante"

19 min
À retrouver dans l'émission

1955 |Dans cet entretien de 1955, Abel Gance raconte la naissance du film 'La Roue', motivé par sa recherche d’un nouveau langage cinématographique. Ce film de 1923 réussissait par un montage d’images rapides à faire ressentir au public une impression physique de mouvement, renforçant l'effet dramatique.

Le réalisateur Abel Gance et le musicien Arthur Honneger, en 1923
Le réalisateur Abel Gance et le musicien Arthur Honneger, en 1923 Crédits : Source BNF

En 1955, Abel Gance se souvenait... En 1923, déjà connu comme réalisateur, il avait dans l'idée de trouver une nouvelle manière de traiter une tragédie moderne.  Il se souvenait également de son vieil ami Arthur Honneger, compositeur de la musique du film "qui avait su cristalliser sa pensée avec la mienne de façon à ce qu’elle ne fasse qu’un tout." 

Je ne peux pas écouter cette musique sans être extrêmement ému et, revenant en arrière, en pensant à ce grand film qui a été véritablement le début de ma carrière cinématographique. Je suis assez ému en raison des souvenirs déchirants qui me viennent à l’esprit. 

Cette idée m’est venue lorsque j’ai compris que malgré les grands succès que j’avais eu avec les films dont nous avons déjà parlé comme Mater dolorosa, La Dixième Symphonie et J’accuse que je n’étais pas encore dans la véritable voie cinématographique, et que je n’en n’avais pas trouvé les éléments visuels ni le véritable langage. Je réfléchissais énormément à cette époque à la façon d’amener l’image. Je cherchais comment l’image pourrait m’obéir et comment je pourrais traiter un drame, plutôt une tragédie moderne mais qui comme toutes les tragédies peut se passer à toutes les époques.

J’eus l’illumination de faire un film dont le monde du rail ferait la première partie, avec ce qu’il avait de noir, de dur, de cruel, si je peux dire, à l’époque. Et un monde du rail se passant dans la montagne dans la seconde partie, dans la neige, c’est  à dire en opposition à la symphonie noire de la première partie, une symphonie blanche par contraste.

Ce lien entre le mécanicien et sa machine préfigure ce que réalisera Charlie Chaplin dans Les Temps modernes.

Ce qui m’a attiré ça a été de donner un cœur à une machine, car en fin de compte nous mettons, nous, hommes, le cœur où nous voulons quand nous aimons quelque chose : le fait d’aimer une chose la rend vivante.

  • Par Charles Ford et René Jeanne 
  • Réalisation : Simone Beauvois
  • Entretiens avec Abel Gance - Naissance du langage cinématographique : La Roue (1ère diffusion : 21/07/1955 Chaîne Parisienne)
  • Indexation web : Véronique Vecten, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

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