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Caroline Champetier
Épisode 6 :

Walker Evans : "La nature m'ennuie à mourir, je m'intéresse avant tout à la main de l'homme et à la civilisation"

54 min
À retrouver dans l'émission

1990 |De ses débuts en 1930 jusqu'à sa disparition en 1975, à la chambre, au Leica ou au Polaroid, Walker Evans, en documentariste consciencieux qu'il était indéniablement, n'aura jamais cessé d'enregistrer le réel en s'effaçant devant lui. Trois premiers volets d'un portrait en cinq temps par Jean Daive.

La maison d'un mineur d'une mine de charbon en Virginie, Morgantown, Etats-Unis par le photographe Walker Evans (American, 1903 - 1975).
La maison d'un mineur d'une mine de charbon en Virginie, Morgantown, Etats-Unis par le photographe Walker Evans (American, 1903 - 1975). Crédits : Walker Evans /Sepia Times/Universal Images Group via Getty Images - Getty

Né en 1903 et mort en 1975, Walker Evans aura rêvé de devenir un grand écrivain. Mais l'admiration qu'il portait aux plus grands d'entre eux, comme Baudelaire et Flaubert, brisa cette ambition. Alors Walker Evans devint un immense photographe. 

Le présenter comme l'un des pères de la photographie documentaire serait réducteur. Bien plus encore que son nom, ses travaux sont depuis longtemps célèbres dans le monde entier, notamment ses photos mythiques des fermiers d'Alabama plongés dans la plus profonde misère par la Grande Dépression. Elles donnèrent lieu à un livre inclassable, aussi fascinant que terrible, composé avec l'écrivain James Agee : Louons maintenant les grands hommes...

En 1990, pour Les chemins de la connaissance, Jean Daive et son invité Gilles Mora proposaient un portrait en cinq volets de Walker Evans. Ici les trois premiers : Un photographe américain à Paris ; L'expérience de La Havane ; Un observateur de la crise américaine.

Gilles Mora raconte qu'en 1924, lors de son séjour à Paris, Walker Evans avait essayé de rencontrer James Joyce. Après avoir traqué l'écrivain pendant plusieurs jours, il avait abandonné. Celui-ci restera, malgré tout, un de ses modèles. Boursier à la Sorbonne, le jeune Walker Evans se familiarise avec le réalisme français.

Dès ce moment-là, Flaubert et Baudelaire deviennent ses deux grandes instances littéraires, devant lesquelles il se prosternera tout au long de sa vie et à partir desquelles il déterminera son esthétique photographique. Il apprend ce qu’est la culture européenne, certains regards esthétiques français et se familiarise avec les conduites sociales qui sont étrangères aux Américains. (…) Une espèce de rapport au spectacle de la rue, qu’il a découvert lors de son séjour à Paris, et qui finalement est étranger à l’œil américain.

De ses images de la Havane, Gilles Mora observe que le photographe "célèbre la femme comme objet de désir", ce qu'il poursuivra par la suite, aux Etats-Unis.

Walker Evans est le seul photographe américain de l’époque à avoir une sensualité et une sexualité photographique en ce sens que pour lui le paysage américain, en particulier le paysage de la Havane, est un paysage qui est marqué par les signes de la sensualité. Il est frappant de voir que les seuls portraits de femmes sont des portraits de prostituées.

En 1935, Walker Evans est engagé par la Farm Security Administration pour une mission photographique sur les effets de la crise aux Etats-Unis, afin de mobiliser les citoyens. Il répugne à cette sorte propagande photographique et réalise une œuvre personnelle. Dès 1929, il avait manifesté son intérêt pour les sujets sociaux dans ses photographies.

Walker Evans écrivait : 

La nature m'ennuie à mourir. Je m'intéresse avant tout à la main de l'homme et à la civilisation.

  • Par Jean Daive 
  • Les chemins de la connaissance - Walker Evans, un photographe américain, parties 1, 2 et 3 : Un photographe américain à Paris ; L'expérience de La Havane ; Un observateur de la crise américaine (30/04/1990 ; 01/05/1990 ; 02/05/1990)
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  • Archive Ina-Radio France
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