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Représentation d’un trou noir d’après la première simulation d’un trou noir entouré d’un disque de gaz effectuée par Jean-Pierre Luminet en 1979
Épisode 4 :

Raymond Queneau : "Avec 'Exercices de style', j’ai peut-être un peu décapé la littérature de ses rouilles diverses et de ses croûtes"

25 min
À retrouver dans l'émission

1950 |En 1950, le peintre et poète Georges Ribemont-Dessaignes, l'un des précurseurs du mouvement dada en France, recevait sur les ondes plusieurs poètes dans une série d'émissions intitulées "Tête de ligne, entretien avec la poésie". Queneau accepta d'être son invité pour le cinquième volet.

Portrait daté de 1951 de l'écrivain français Raymond Queneau.
Portrait daté de 1951 de l'écrivain français Raymond Queneau. Crédits : afp - AFP

"Personnellement, je n'aime pas parler, expliqua un jour Raymond Queneau dans un entretien. Je n'aime pas parler, peut-être à cause de mon caractère normand, peut-être bien que oui, peut-être bien que non... Et effectivement, quand j'énonce une assertion, je m'aperçois tout de suite que l'assertion contraire est à peu près aussi intéressante. Cela devient presque une superstition." Dans cet entretien avec Georges Ribemont-Dessaignes, datant de 1950, on sent effectivement à plusieurs moments la gêne du poète à répondre à des questions forcément trop générales, à délivrer des assertions forcément trop définitives.

Quel bonheur pourtant de l'entendre expliquer qu'il ne conçoit pas de poésie illisible à haute voix, et lire quelques vers de son poème Petite cosmogonie portative alors sur le point d'être publié. La bande est ancienne, la qualité sonore hélas un peu altérée par le temps, mais l'écoute en vaut la peine...

Sur ses débuts en écriture, Raymond Queneau explique : 

J'ai commencé vers 5 ans. Il en résultat des bâtons et des pâtés. Je veux dire, j'ai l'impression d'avoir toujours écrit, dans l'autre sens du mot écrire, des poèmes par exemple. [...] Le contraire serait d'ailleurs extraordinaire : tous les enfants écrivent, me semble-t-il. J'ai fait comme tous les enfants, et puis comme tous les adolescents j'ai continué, et puis comme un certain nombre d'adultes j'ai persévéré. Il m'a fallu de la persévérance parce que quand on a publié mon premier poème dans une revue je devais avoir dans les 35 ans.

Tout au long de l'entretien, il détaille ses rapports avec les surréalistes et ses différentes expériences d'écriture :

Je n'ai jamais vu de différences essentielles entre le roman, tel que j'ai envie d'en écrire, et la poésie. J'ai même écrit un roman en vers, "Chêne et chien", et j'ai choisi pour cela un sujet qui passe pour ne pas être poétique, la psychanalyse. Dans la première partie je raconte mon enfance (qui ne fut pas gaie), et dans la seconde un traitement psychanalytique (qui ne le fut pas non plus, gai).

À propos de son ouvrage Exercices de style (1947) en particulier, il déclare :

On a voulu voir là une tentative de démolition de la littérature. Ce n'était pas du tout dans mes intentions. En tout cas mon intention n'était que de faire des exercices. Le résultat c'est peut-être de décaper la littérature de ses rouilles diverses et de ses croûtes. Si j'ai pu contribuer un peu à cela, j'en serais bien fier, surtout si je l'ai fait sans ennuyer trop le lecteur.

"Tête de ligne, entretien avec la poésie, avec Raymond Queneau", une émission diffusée pour la première fois le 24 mars 1950.

  • Production : Georges Ribemont-Dessaignes
  • Indexation web : Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France
  • Tête de   ligne - Entretiens avec la poésie : Raymond Queneau (1ère diffusion :   24/03/1950)

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