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"George Dandin" de Molière par Jean-Pierre Vincent au Préau, Centre Dramatique de Normandie

Jean-Pierre Vincent : "Tout est fait aujourd'hui pour faire oublier aux gens qu'ils sont les fruits d'une histoire"

34 min
À retrouver dans l'émission

2017 |Deuxième entretien avec l'homme de théâtre Jean-Pierre Vincent. Pour ce deuxième temps de sa "Nuit rêvée" il choisit de faire entendre les voix de Bernard Stiegler, Carlo Rovelli et Robert Badinter. Entretien 2/3 par Albane Penaranda.

"George Dandin" de Molière par Jean-Pierre Vincent au Préau, Centre Dramatique de Normandie
"George Dandin" de Molière par Jean-Pierre Vincent au Préau, Centre Dramatique de Normandie

"Ma vie c’est les textes, les acteurs, les planches" dit-il. Du Théâtre de l'Espérance avec Jean Jourdheuil, à Studio Libre avec Bernard Chartreux, en passant par les scènes des Centres dramatiques nationaux, la direction du TNS, celle de la Comédie-Française et celle du Théâtre des Amandiers, avec le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, c'est un demi-siècle de théâtre qu'accueillent Les Nuits de France Culture. Jusqu'au George Dandin qu'il monte aujourd'hui au Préau, Centre Dramatique de Normandie, c'est une histoire ininterrompue depuis le groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand où il faisait ses premières armes aux côtés de Patrice Chéreau à la fin des années cinquante.

Tout au long de sa "Nuit rêvée", nous évoquons certaines étapes du parcours de Jean-Pierre Vincent qui dit lui-même être "sans doute celui qui a réussi le mieux à conjuguer l’exercice des responsabilités directoriales et l’indépendance de la création". Peintre, historien, philosophes, scientifique ou juriste qu'ont-ils avec lui en commun ceux qu'il a souhaité entendre dans sa Nuit rêvée ? Peut-être d'avoir eu, chacun à leur manière et chacun dans leur temps, le souci de nous rendre le monde moins obscur et plus vivable. N'est-ce pas là après tout, dans ce même souci, que peut les rejoindre un homme de théâtre, un metteur en scène, comme Jean-Pierre Vincent ?

A la question "de quels temps êtes-vous ?" Jean-Pierre Vincent répond :

Je suis de tous les temps dont je suis originaire, dont nous sommes originaires. Mais tout est fait aujourd'hui -consciemment et inconsciemment- de la part des pouvoirs, qu'ils soient politiques ou médiatiques, pour faire oublier aux gens, et surtout aux jeunes gens, qu'ils sont des êtres historiques et qu'ils sont les fruits d'une histoire. Et si ils ignorent cela, ils ne peuvent pas produire une histoire.

Il pose son regard sur notre époque :

Si dans les cinq ans qui viennent il n'y a pas une insurrection mondiale à propos de l'écologie et de la sauvegarde de la planète, l'humanité est foutue. [...] je pense que c'est vrai, ce qui nous pend au nez c'est vraiment le pire. Bien sûr il y aura des créatures animales qui pourront s'appeler homme ou femme, mais qui ne seront plus l'humanité.

Je travaille actuellement sur L’Orestie d'Echyle qui raconte un morceau de l'histoire de l'humanité ou l'humanité se sort par la violence des miasmes de la vengeance toute faite, de l'animalité de la vengeance. Toutes les périodes dont nous sommes redevables m'intéressent. J'ai réussi parfois à l'écrire. Il y a des moments de dégradations de notre politique culturelle, ce n'est pas facile en ce moment car vous ne savez plus très bien à quel cerveau vous vous adressez, les gens sont un peu lobotomisés par, ce que Stiegler appelle, le passage de la raison au calcul. Il n'y a plus de raisonnement, le monde est gouverné par le calcul. [...]

Il dénonce le capitalisme financier :

Le capitalisme financier règne sur le monde, il impose ses logiques à travers ses intellectuels, à travers ses algorithmes. La victoire du capital financier sur le capital industriel c'est la première chose que j'ai lu dans Karl Marx, dans ce livre merveilleux Les luttes de classes en France 1848-1850. [...] La victoire du financier sur l'intellectuel est une chose dont il va bien falloir se défaire.

Sur l'art et sa "valeur pédagogique" :

L'art peut être pédagogique en tant qu'art mais pas en tant "qu'art pédagogique", c'est une citation que je sors à tout bout de champs, que j'ai trouvé dans Gramsci, et lui-même l'avait trouvé chez un philosophe idéaliste de la fin du XIXème siècle, qui s'appelait Benedetto Croce : L'art est pédagogique en tant qu'art car en tant qu'art pédagogique il n'est rien et le rien ne peut rien enseigner...L'idéal pour les politiques serait que l'art ne soit que pédagogique, c'est à dire gnangnan, commun, anesthésié...

Ecouter la première partie de l'entretien de Jean-Pierre Vincent, la dernière.

  • Production : Albane Penaranda
  • Réalisation : Virginie Mourthé
  • Avec la collaboration de Hassane M'Béchour
  • Indexation web : Documentation Sonore de Radio France

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