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Yolande Zauberman
Épisode 8 :

Christian Boltanski : "Toute mon œuvre est marquée par la Shoah"

24 min
À retrouver dans l'émission

2006 |Au micro de Marc Voinchet, Christian Boltanski et Marin Karmitz, se souviennent de leur rencontre à Boston dans les années 1990. Une nuit d'échanges, et la naissance d'une amitié, nourrie par une réflexion sur l'art et la création.

Marin Karmitz et Christian Boltanski, à la réception des 90 ans de Pierre Soulages, au Centre Pompidou et d'une exposition rétrospective de ses oeuvres, le 12 octobre 2009
Marin Karmitz et Christian Boltanski, à la réception des 90 ans de Pierre Soulages, au Centre Pompidou et d'une exposition rétrospective de ses oeuvres, le 12 octobre 2009 Crédits : Bertrand Rindoff Petroff - Getty

Le premier, Marin Karmitz, est né en octobre 1938, à Bucarest. Le second, Christian Boltanski, est né à Paris en 1944. Dans les années 1990, ils se croisent à Boston, pendant le tournage du film Bleu de Krzysztof Kieslowski. Une nuit de paroles et de reconnaissance mutuelle. Les deux hommes découvrent qu'ils partagent une enfance marquée par la terreur. Chacun à sa manière, a trouvé les moyens de lutter contre la peur : la révolte pour Marin Karmitz, une attitude plus intérieure pour Christian Boltanski.

Marin Karmitz se souvient avoir "passé une partie de la nuit à parler" avec Christian Boltanski :

Dans la solitude dans laquelle je me trouve personnellement, dans la difficulté que j’ai de trouver un interlocuteur (...). Une des rares personnes que je connaisse qui donne du poids aux mots, et avec laquelle je suis capable d’échanger et de faire en sorte que les mots s’envolent, partent sur les ailes du vent, c’est Christian Boltanski.

Il se souvient d'avoir vécu une enfance "entièrement plongée dans la peur". 

Christian Boltanski commence à dessiner dans son enfance, encouragé par son frère. Il dit qu'il était un enfant "presque autiste", profondément marqué par l'épreuve traversée par son père, médecin juif, qui survécut à la Shoah en se cachant deux années sous le plancher de son appartement parisien. Après guerre, son père ne pouvait marcher seul dans la rue :

L'idée de l'extérieur était une idée extrêmement dangereuse. (...) Moi-même je n’ai pas marché seul dans la rue avant l’âge de 18 ans. 

Marin Karmitz souligne : "Ce qui nous a sauvé tous les deux, c’est peut-être la création."

Christian Boltanski évoque son travail, son questionnement sur la disparition, la perte, les cadavres :

Toute ma vie a été marquée par la Shoah. Je ne sais pas si on peut "travailler sur la Shoah", je pense que c’est impossible, en tout cas je n’ai jamais voulu le faire. Mais il est certain que mon travail vient après cette chose impensable et après la fin de cette utopie qui était que plus le monde se cultive, plus le monde devient bon. (...) Toute mon œuvre est marquée par la Shoah.

  • Par Marc Voinchet 
  • Avec Christian Boltanski et Marin Karmitz 
  • Réalisation Bruno Sourcis
  • Indexation web : Véronique Vecten, Documentation Sonore de Radio France
  • A voix nue - Christian Boltanski et Marin Karmitz, 1 (1ère diffusion : 01/05/2006)
Intervenants
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