LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Ricardo Bofill en 1980.

Ricardo Bofill : "La ville même doit être considérée comme un immense théâtre. C'est un jeu d'apparence"

3h
À retrouver dans l'émission

L'architecte catalan Ricardo Bofill au moment de sa plus grande gloire exposait dans cette émission en 1985, le sens de ses réalisations et l'idée qui était la sienne de son métier d'architecte.

Ricardo Bofill en 1980.
Ricardo Bofill en 1980. Crédits : Paco Elvira/Cover - Getty

Le quartier Antigone à Montpellier, les Arcades du Lac à Saint-Quentin-en-Yvelines, les Espaces d'Abraxas à Noisy-le-Grand, la place de Catalogne et la place de Séoul dans le 14ème arrondissement de Paris, le Belvédère Saint-Christophe de Cergy-Pontoise… Dans les années 80, comme il l'était déjà en Espagne, Ricardo Bofill est devenu en France une star de l'architecture. En 2014 il était interrogé par le journal Le Monde sur ce qu'avait été pour lui cette expérience française : "Mon expérience en France est en partie réussie et en partie ratée, disait-il. Réussie car j’ai fait évoluer le système d'architecture français qui était jusqu’alors très classique et parce que j’ai mis au point la technique du préfabriqué. Ratée car quand on est jeune on est très utopique, on pense qu’on va changer la ville et finalement rien ne s’est passé. Je n’ai pas réussi à changer la ville. Mon modèle n’a pas été pris en exemple pour construire d’autres villes. Je me suis trompé dans la temporalité. Après moi, on a continué à faire des barres. Le malheur qui règne dans les banlieues françaises n’a pas été aboli".

En 1985, alors qu'il était au cœur de cette expérience française, les auditeurs de France Culture pouvaient entendre le Bon plaisir que consacrait Henri Raillard à Ricardo Bofill. De Barcelone à Paris et de Paris à Barcelone, l'architecte catalan, qui était au moment de sa plus grande gloire, pouvait exposer longuement dans cette émission le sens de ses réalisations et l'idée qui était la sienne de son métier d'architecte à ce moment de l'histoire. Participaient, entre autres, à son Bon plaisir : l'ancien Ministre de la Culture Michel Guy, l'architecte Paul Chemetov, Pasqual Maragall, alors maire de Barcelone, ainsi que l'écrivain, mais aussi historien de l'architecture, Michel Ragon.

Dès l'ouverture de ce portrait sonore, Ricardo Bofill revient sur ses origines barcelonaises : "Je suis né à Barcelone, qui est une culture périphérique, avec ce complexe-là. Je suis né avec ce complexe que je ne pouvais pas participer aux grands problèmes du monde parce que je suis né dans un endroit marginal." Et c'est à partir de ce constat, de cette "impuissance", qu'il a commencé à participer à cette tendance qu'on appelle le régionalisme critique considéré comme un contrepoint à l'architecture internationale dominée par les Américains.

Une "personnalité forte" c'est ainsi que l'ancien Ministre de la Culture, Michel Guy, le voyait et il espérait qu'il pourrait un peu "changer le train-train" des projets architecturaux en France. Il l'avait soutenu pour le projet des Halles en 1974.

C'était essentiellement le côté créateur de Bofill qui m'intéressait et aussi la personnalité de Ricardo Bofill, une personnalité très nerveuse, très forte, très entreprenante. Il y avait des choses que j'admirais beaucoup dans son travail et il y avait la personnalité. Les messages de la création passent plus vite à travers des personnalités très fortes. Michel Guy, ancien Ministre de la Culture

Ricardo Bofill regrette le système français qui place les architectes en second plan, derrière les ingénieurs et aussi un système qui place la politique au centre des décisions, au point d'en oublier qui sont les vrais créateurs, à savoir les architectes. Il oppose le temps court des politiques qui gouvernent pour peu d'années et le temps forcément long des architectes qui créent des œuvres "pour être regardées dans trois cents ans".

La société française est terriblement politisée et quand on voit une œuvre d'art en France, on se rappelle de l'homme politique qui l'a construite. On dit, "les œuvres du Président". On dit, "les œuvres de Mitterrand", ou "les œuvres de Giscard", ou "les œuvres de Chirac" ou dans le temps "les œuvres de Louis XIV". Quand vous venez à Barcelone, vous parlez de Gaudi et tout le monde se rappelle de Gaudi et personne ne se rappelle de l'homme politique qui était à la tête. Ricardo Bofill

Dans cette émission, on entend également l'architecte Paul Chemetov et les reproches qu'il fait à l'architecture de Ricardo Bofill qui a choisi "comme paraître les habits du grand siècle" et selon lui, "le grand écart qu'il fait accomplir à ses bâtiments est trop grand, ce grand écart nuit à la permanence de ses bâtiments."

L'une des théories de Ricardo Bofill est la dilution du pouvoir dans la ville, le pouvoir ne doit pas être vu dans la ville, "c'est très beau les villes qui sont le résultat de la société civile. Regardons Venise, Florence, Barcelone, dans lesquelles les immeubles de pouvoir disparaissent dans le tissu urbain."

Je défends une société civile, une société multiforme, une société où on ne sent pas le pouvoir. Donc, je ne peux pas défendre la construction urbaine par des monuments représentatifs du pouvoir. Ricardo Bofill

Il donne son avis sur l'architecture depuis les années 1960 et jusqu'aux années 1980. Il voit la crise de la post-modernité qui a déjà perdu son sens.

Le débat de style n'existe plus. On sait aussi que le monde est complexe, multiforme donc il n'y a pas une architecture unique, internationale ou une modernité unique qui soit applicable de la même manière à Boston, à San Francisco, à Mexico, à Barcelone, à Montpellier... c'est un grand triomphe des cultures périphériques par rapport au centre, le centre étant les Etats-Unis et notamment Chicago et New York. Ricardo Bofill

Dans ce Bon plaisir, Ricardo Bofill nous emmène en balade dans Barcelone, où chacun doit se débrouiller, "c'est une ville qui s'est faite elle-même, elle est le résultat de sa propre vitalité". Il décrit les lieux typiques de cette ville, comme les Ramblas. Il dit que "c'est une ville de détails". Il évoque bien sûr la figure incontournable de Gaudi.

Barcelone, c'est une ville de commerçants et d'artistes. Etre artiste ce n'est pas une chose étrange, être artiste, c'est dans la normalité. L'art appartient à la vie normale des Barcelonais. Ricardo Bofill

Par Henri Raillard. Avec Ricardo Bofill (architecte), Michel Guy (directeur du Festival d'Automne, ancien Ministre de la Culture), Paul Chemetov (architecte), Antoni Taulé (peintre), Pasqual Maragall i Mira (maire de Barcelone), Joan Rigol (responsable de la culture de la Generalitat de Catalogne), Luis de Pablo (musicien), Carlos Barral (écrivain, critique), Michel Ragon (écrivain, professeur d'architecture à l'Ecole des Arts Décoratifs), Nicolas Frize (musicien) et Virgil Tanase (écrivain) - Lectures Anne Crilles - Réalisation Jean Couturier

Une production de Henri Raillard, réalisée par Jean Couturier.

Première diffusion : 30/03/1985

Intervenants
L'équipe
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......