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"Il était une fois dans l’Ouest" de Sergio Leone - 1968

"Leone c’est la rencontre inespérée et assez unique dans l'histoire du cinéma entre un maniérisme et une stylisation poussés à l’extrême et une volonté de montrer le monde et sa violence tel qu’il est"

1h28
À retrouver dans l'émission

Mais qu'a donc fait du western Sergio Leone? A-t-il célébré, déconstruit, reconstruit, parodié, renouvelé ou ressuscité le genre? Ou a-t-il simplement fait tout autre chose qui n'appartenait déjà plus à aucun genre? "Mardis du cinéma"-"Sergio Leone, C'era una volta il western" par Francesca Isidori.

"Il était une fois dans l’Ouest" de Sergio Leone - 1968
"Il était une fois dans l’Ouest" de Sergio Leone - 1968 Crédits : Fondazione Cineteca di Bologna - Fondo Angelo Novi

On aura beaucoup et longtemps reproché à Sergio Leone, et à travers lui à l'industrie cinématographique italienne, d'avoir perverti et même assassiné le western. Ce à quoi Leone répondait :

"On a malheureusement fait 500 films après le succès de 'Pour une poignée de dollars', mais ce n’est pas ma faute, ce n’est pas mon problème. S’il y a quelqu’un qui a tué le western, c’est la télévision. Et surtout la télévision américaine, parce que quand j’ai commencé en 1964, le cinéma western américain était mort. Complètement mort. On ne faisait plus de westerns. À cause de la télévision américaine, pas à cause du cinéma italien."

Mais qu'a donc fait du western Sergio Leone ? Pas si simple de répondre à cette question. A-t-il célébré, déconstruit, reconstruit, parodié, renouvelé, ou ressuscité le genre, lui l'amoureux éperdu du cinéma de Ford, ou a-t-il simplement fait tout autre chose qui n'appartenait déjà plus à aucun genre ? Telles étaient au fond les questions que posait "Sergio Leone : C'era Una volta il western", un "Mardi du cinéma" de 1993 de Francesca Isidori, entourée de Claude Aziza, Mario Serenelli, Thierry Jousse, Nicolas Saada et Marc Cerisuelo.

"Sergio Leone n'a pas tué le western", dixit Thierry Jousse qui ajoute :

Moi ce que je vois surtout chez Leone, c'est qu'au fond il cherche à donner de nouveaux paramètres à un genre qui est en phase d'essoufflement. Et d'autre part c'est un moment où Hollywood, où le cinéma américain ne peut plus vivre seul et c'est le moment où l'Europe qui est un continent de cinéphiles - et c'est vrai surtout pour les Français et les Italiens - et bien l'Europe rêve la recomposition du cinéma américain à sa façon. C'est ce que fait Leone grosso modo.

Marc Cerisuelo rappelait qu'il y avait eu toute une tradition critique "anti Leone", il évoquait les lignes vengeresses de Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma pour qui Leone était "le maillon intermédiaire de la décadence du cinéma". Alors que pour Marc Cerisuelo :

Leone est quelqu'un qui est le grand continuateur du cinéma classique. Comme disait Godard "il a fait la même chose autrement". Donc il y a cette idée que le cinéma est déjà là et qu'il existe mais ce n'est pas la même approche que le cinéma de Godard qui admire fortement le cinéma de Leone, c'est en prenant le cinéma pour ce qu'il est, donc tous les possibles du cinéma, le spectacle - il était très attaché à la tradition italienne que ce soit du théâtre des puppi, que ce soit la commedia dell’arte on le sent dans les jeux, dans la façon dont surtout les personnages picaresques comme Rod Steiger comme d'autres, la façon dont tout cela est joué de manière théâtrale à l'intérieur d'un discours qui lui est radicalement cinématographique.

Pour Mario Serenelli, les acteurs choisis par Sergio Leone incarnent des archétypes, des stéréotypes :

Il a fait des puppi, des marionnettes avec Lee Van Cleef ou avec Clint Eastwood qui sont deux silhouettes très précises que l'on reconnaît tout de suite. Et même le visage devient très rapidement une icône.

À propos de la violence dans les films de Leone, Nicolas Saada :

Derrière le styliste de génie, il y a aussi un moraliste et quelqu'un qui porte un regard extrêmement cru sur la sauvagerie humaine et sur la violence, la violence de l’homme. Et c'est le cas dans la plupart des westerns qui ont été à l'époque considérés - et je pense pas à juste titre d'ailleurs - comme des parodies. Je crois qu'il y a plus que ça dans l'œuvre de Leone. Chez Leone le maniérisme c'est une manière de faire avaler au spectateur la pilule, c'est à dire que c'est pour lui la seule manière de faire passer au spectateur la sauvagerie, la violence du monde qu’il dépeint. Il a été un des premiers après d'autres comme Anthony Mann à casser véritablement la légende de l’Ouest. [...] Leone c’est un peu la rencontre inespérée et assez unique dans l'histoire du cinéma entre un maniérisme et une stylisation poussés à l’extrême et une volonté de montrer le monde et sa violence tel qu’il est.

  • Par Francesca Isidori 
  • Réalisation : Josette Colin
  • Mardis du cinéma - Sergio Leone, C'era una volta il western 
  • Avec Claude Aziza, Mario Serenellini (critique), Thierry Jousse (critique), Nicolas Saada (critique) et Marc Cerisuelo (critique)
  • 1ère diffusion : 27/04/1993
Chroniques
5H55
56 min
Les Nuits de France Culture
Le cinéma retrouvé : autour du projet "Les 900 journées de Leningrad" de Sergio Leone
Intervenants
  • Agrégé de Lettres classiques et maître de conférence honoraire de langue et littérature latines à la Sorbonne Nouvelle
  • Critique et historien du cinéma, journaliste musical
  • Cinéaste et critique
  • Professeur en Histoire et esthétique du cinéma à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée
L'équipe
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