LE DIRECT
Marie-José Malis, directrice du théâtre de La Commune

Marie-José Malis : "L'étranger est celui qui permet à un pays de se comprendre"

45 min
À retrouver dans l'émission

2017 |Pour le programme d'archives de sa "Nuit rêvée", Marie-José Malis a réuni Jacques Lacan, le génie fou d'Hölderlin, Klaus Michael Grüber, Fernandel, parmi d'autres. Dans ce deuxième entretien elle explique ces choix. Entretien 2/3 par Albane Penaranda.

Marie-José Malis, directrice du théâtre de La Commune
Marie-José Malis, directrice du théâtre de La Commune Crédits : Willy Vainqueur

Pour le programme d'archives de sa Nuit rêvée, Marie-José Malis a réuni Jacques Lacan, avec une introduction d'Alain Badiou, le génie fou d'Hölderlin, Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, deux figures mythiques du théâtre - Tadeusz Kantor et Klaus Michael Grüber - et le tout aussi mythique Fernandel. Marie-José Malis a voulu également que nous soient racontées l'histoire de l'immigration espagnole dont elle-même est une enfant et, comme en écho, la condition des immigrés d'aujourd'hui venus de l'Afrique subsaharienne. Elle a choisi aussi de revenir sur le meurtre de Pierre Overney, tué en plein cœur de la balle d'un vigile de la Régie Renault en 1972. Ce programme, qui mêle aux destinées des plus déshérités, des plus fragiles, d'hier et d'aujourd'hui, les voix d'artistes, de poètes et d'intellectuels parmi les moins soumis, est sans doute à l'image de celle pour qui il ne peut être question de s'accommoder du monde tel qu'il est.

"Mon intention n’est pas de le diviser. Je ne suis pas arrogante. Mais je suis prête à payer le prix de cette division " dit-elle.

S'il est arrivé que ses mises en scène divisent, faut-il s'en étonner ? Diviser, n'est-ce pas souvent le lot de ceux qui ont l'ambition de rassembler ? Avec la volonté, fièrement revendiquée, d'y défendre un théâtre "pour tous" porté par les plus hautes exigences, Marie-José Malis a pris en 2014 la direction du théâtre de La Commune d'Aubervilliers. Cette Nuit en sa compagnie est l'occasion de mieux cerner ce que peut être aujourd'hui ce "pour tous" du théâtre. Par elle, qui croit "à l’égalité de tous devant la beauté", l'occasion d'entendre ce qu'est le sens de la mission qu'elle s'est donnée : faire, ou refaire, du Théâtre de La Commune "un théâtre comme seul lieu public constituant qu’il nous reste". Après Hypérion d'Hölderlin et La Volupté de l'Honneur de Pirandello, Marie-José Malis nous dit en quoi monter à présent le Dom Juan de Molière est pour elle "une décision étrange et bouleversante".

Reprise du Dom Juan de Molière mis en scène par Marie-José Malis à La Commune, du 20 septembre au 14 octobre 2018.

Elle explique ce qu'est le Théâtre de La Commune :

La Commune est le premier CDN de banlieue, qui correspondait à une idée : "la banlieue vaut bien un équipement national". La banlieue disait "nous faisons partie du territoire de la République". La Commune a toujours été considérée comme le temple du théâtre populaire. [...] C'est un théâtre-idée qui doit s'efforcer d'être à la hauteur de ses déclarations, il ne doit pas être mensonger. [...] Je dis que ce théâtre doit être pour tous, il doit être le théâtre où se pense la destinée d'un théâtre en terre de pauvreté. Mais en même temps, tous les jours j'ai un semi-démenti de cette vérité car dans la salle les gens qui composent le public sont ne sont pas forcément les gens d'Aubervilliers...

Elle raconte que l’expérience des réunions menées à La Commune correspondait à un besoin exprimé par la population : 

Les gens sont là, ils viennent aux réunions, pendant la première année de ma direction j'avais créé un groupe de travail de 80 personnes (spectateurs, artistes et citoyens) dont l'enjeu était de répondre à cette question : "Que doit devenir un théâtre public aujourd'hui ?" [...] c'est bien le signe que les gens ont besoin de lieux constituants.

Sur la question des migrants, exilés, réfugiés, elle explique sa position : 

Je me suis rendue compte que si à Aubervilliers je ne faisais pas enquête et hospitalité aux étrangers, et que si je ne décrétais pas que c'était une question essentielle, urgente, pour le théâtre, alors je ne serai pas capable, au fond, de continuer à être une artiste à Aubervilliers. [...] On a décidé de créer une école, pas une école paternaliste (...) c'était une école pour nous tous, pour les artistes, les intellectuels, et pour les étrangers présents et qui posait la question ; qu'est-ce que nous avons à nous dire et quelles sont les connaissances nouvelles que nous avons à inventer ensemble ? [...] L'étranger est celui qui permet à un pays de se comprendre.

Ecouter la première partie de l’entretien, la dernière.

  • Par Albane Penaranda
  • Réalisation : Virginie Mourthé
  • Avec la collaboration de Hassane M'Béchour
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France

Chroniques

4H10
30 min

Les Nuits de France Culture

Une histoire de l'immigration : Les immigrations des Espagnols
Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......