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Livre de l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Gondé, Prix Nobel 2018, lors du "Nouveau Prix Nobel" de littérature

Maryse Condé : "La régle pour créer cette langue nouvelle sera la beauté, l’harmonie, la richesse de l’expression"

34 min
À retrouver dans l'émission

1987 |Maryse Condé dans cet entretien de 1987 dans l'émission "Agora" parle de son roman "Moi, Tituba, sorcière de Salem", de son rapport à l'Afrique, aux Antilles, de la langue créole et des problèmes qu'elle pose aux féministes...

Livre de l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Gondé, Prix Nobel 2018, lors du "Nouveau Prix Nobel" de littérature
Livre de l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Gondé, Prix Nobel 2018, lors du "Nouveau Prix Nobel" de littérature Crédits : JANERIK HENRIKSSON / TT NEWS AGENCY - AFP

Dans l'émission "Agora" en 1987, Maryse Condé venait parler de son nouveau roman Moi, Tituba, sorcière de Salem. Elle s'est inspirée de l'affaire des sorcières de Salem, après y avoir découvert l’existence d'un femme noire, Tituba, esclave originaire de la Barbade et faisant partie des accusées. Elle explique que le mythe des sorcières de Salem n’existe pas vraiment en dehors de l’Europe (pour un Antillais, un Africain, un noir Américain) : 

Ce qui a rendu cette histoire importante pour moi c’est la femme Noire présente dans ce mythe, elle été totalement oubliée. [...] Dès que j’ai su qu’elle avait réellement existé je lui ai donné un visage, je l’ai voulu très beau pour réagir contre ce mythe de la grosse nounou noire très présent aux États-Unis, comme dans Autant en emporte le vent [...] Elle appartient à une civilisation non agressive, la civilisation noire en générale est plutôt tolérante, non conquérante.

Elle évoque le problème de la langue, elle est interpellée par le créole et son cheminement à côté du français, elle pense que son futur livre sera influencé par le créole. Loin des oripeaux du folklore, sa règle pour créer cette langue nouvelle "sera la création de la beauté, de l’harmonie, de la richesse de l’expression" loin des oripeaux du folklore.

Tituba ressemble un peu à une ébauche de ce qu'elle aimerait faire dorénavant. Un roman qui ne serait pas bâti par chapitres, avec une structure assez floue. Cette forme assez lâche s'apparente sans doute à son intérêt pour la musique populaire, le reggae, le blues, Aretha Franklin :

Je pense que si j'avais eu à choisir j'aurais aimé être musicienne ou faire des paroles pour un chanteur, comme ce n'est pas le cas, je crois que dans les romans j'essaie de mettre cette dimension de parole musicale, comme les paroles d'une chanson.

Sur son style, et le traitement des drames décrits, elle dit : 

Je n’ai pas tellement envie de faire des mélos, des trucs avec des gros sentiments, [...] c'est une grande discipline, ne pas se laisser aller aux sentiments [...] Tituba refuse de s’attendrir pour continuer à vivre.

Sur le combat politique, elle explique en avoir "à côté de l’écriture certainement, dans l'écriture je ne sais pas, [...] il y a un problème aux Antilles, il faut faire un choix pour l'avenir de la Guadeloupe et de la Martinique". Être militante ?

... comme un écrivain peut l’être c’est-à-dire avec beaucoup d’anarchie au fond, et avec un peu de désordre, qui est le désordre même de la création.

A propos du féminisme :

Les féministes me considèrent comme une mauvaise féministe parce que je suis mariée que j’ai des enfants, que j’aime mes enfants énormément, mon mari aussi d’ailleurs, donc cet espèce de conflit-combat avec l’homme, cette parole féminine un peu agressive comme je ne l’ai jamais je ne suis pas toujours bien vue.

  • Production : Olivier Germain-Thomas
  • Agora - Maryse Condé (1ère diffusion : 13/03/1987)
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

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